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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI

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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI



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Les vicissitudes du régime féodal et de longues guerres étrangères et civiles, en particulier aussi les croisades, avoient, dans une grande partie de l'Europe, considérablement réduit les revenus du souverain. Des difficultés financières, auxquelles vinrent se joindre des difficultés politique[s], nécessitèrent le recours à la libéralité des sujets. Le prince désiroit, dans des moments difficiles, ajouter de la solennité à ses déterminations; il vouloit s'appuyer sur la force morale des habitants; s'assurer de leur bonne volonté, et obtenir de l'argent. Le prince vivoit de ses propres revenus; il percevoit des droits très nombreux et variés; mais il ne pouvoit aller au delà. Il n'avoit aucun pouvoir sur la bourse des sujets; et des contributions en sus de ce qui étoit strictement dû, devoient être volontaires.3 Point d'aides et de subsides extraordinaires que par le consentement libre et gratuit des habitants. La nécessité du subvenir à des dépenses, auxquelles les revenus ordinaires du prince ne suffisoient plus, fut donc le germe de ces réunions.

Quelle étoit leur nature, leur pouvoir, leurs attributions? Les membres des Etats étoient sujets et propriétaires, avoient des devoirs et des droits. Comme sujets ils devoient obéissance et respect; leur position restoit la même. Comme propriétaires, ils pouvoient accorder ou refuser leur argent. Du reste ils n'avoient pas la moindre parcelle de pouvoir politique. Ils n'existoient même qu'en vertu de la convocation du souverain, qui les renvoyoit dès qu'il le trouvoit bon. Toutefois il y avoit là un germe d'influence et de pouvoir. On avoit le droit de faire dépendre son consentement de telle ou telle condition. De là cette maxime célèbre: point de redressement de griefs, point de subsides.4 Et plus les circonstances étoient souvent difficiles et critiques, plus le souverain se voyoit obligé de condescendre aux voeux et aux exigences de ses sujets. L'influence des Etats devoit grandir par l'usage et par l'abus de leurs droits.

Néanmoins il ne faut pas s'imaginer que le prince vendoit son pouvoir.5 D'abord il ne se présentoit pas en suppliant; il ne mendioit pas l'assistance des sujets; mais il pouvoit raisonnablement s'attendre à ce qu'on lui prêtât un loyal appui.6 De nombreux liens l'unissoient aux habitants; il étoit leur souverain, leur protecteur; et les dépenses à faire étoient communément aussi dans leurs intérêts. En demandant du secours, il n'étoit pas souvent complètement dénué de ressources; il les auroit toutes épuisées, il auroit abandonné le pays, plutôt que de se laisser dépouiller, par un indigne marché, de ses droits légitimes. Il avoit d'ailleurs, comme souverain, beaucoup de moyens pour faire éprouver les effets, ou de sa faveur, ou de son juste ressentiment. Enfin les habitants étoient d'ordinaire extrêmement attachés à la dynastie, avec laquelle s'identifioient pour eux les grands souvenirs du pays et qui leur sembloit une garantie d'avenir; ils se montroient disposés aux plus grands sacrifices.

Le plus ou moins de développement des Etats devint, dans la plupart des pays de l'Europe, le principal caractère des constitutions politiques. En Espagne et en France7 ils furent neutralisés comme pouvoir public, et laissèrent un libre cours au développement monarchique. Pareillement en Allemagne, où ils eurent peu d'autorité dans les affaires de gouvernement. En Angleterre, réunis en parlement, ils formèrent une aristocratie puissante, prépondérante. Dans les Provinces‑Unies ils acquirent la souveraineté.

Les Pays‑Bas étoient des provinces diverses, régies par des ducs, des comtes, des évêques, d'après des loix et des coutumes souvent très différentes. La constitution étoit identique dans son essence, variée dans ses modifications. L'unité accidentelle du souverain ne changeoit rien à la diversité des territoires, de leurs usages, et de leurs droits. Avant de parvenir à cette unité, il y eut entr'elles de longues et sanglantes luttes. Elles appartenoient au même souverain, à des titres très différents. Les dénominations de duc, comte, seigneur avoi[en]t dans chaque province une signification particulière, déterminée par le droit positif et individuel.

Il y avoit des ducs de Braband et de Gueldre, des comtes de Flandre, de Hainaut, de Namur, de Hollande, des évêques de Liège et d'Utrecht. La Frise, sous la dépendance immédiate de l'empire, se gouvernoit démocratiquement. Les rapports féodaux, les disputes de succession, les rivalités de commerce, les querelles de voisinage, les prétentions ambitieuses de princes guerriers, donnèrent lieu à des complications d'événements, dont ils est souvent difficile de suivre le fil.

La Hollande, plus tard partie prépondérante de la république, obéit, durant trois siècles et demi, à la maison des comtes de Hollande, parmi lesquels il y en eut plusieurs distingués par leur courage, leur prudence, et l'habileté avec laquelle ils surent combattre les prétentions exorbitantes de la noblesse en lui opposant l'influence naissante du tiers‑état (923‑1299). Ensuite elle échut en partage, par droit d'hérédité, d'abord à la maison de Hainaut (1300‑1389), puis à celle de Bavière (1389‑1425). Au commencement du seizième siècle le duc Philippe le Bon de Bourgogne réunit la plus grande partie des Pays‑Bas sous sa domination. Un des traits les plus remarquables dans l'histoire des Pays‑Bas, et auquel on doit faire d'autant plus attention, parce qu'il eut une influence presque décisive dans celle des Provinces‑Unies, c'est l'accroissement prodigieux du tiers‑état; la puissance incroyable des communes. Les Pays‑Bas devinrent le centre de l'industrie et du commerce. Anvers, Bruges, Gand, Liège, Louvain, Bruxelles étoient des villes, dont chacune pouvoit au besoin lever et même, par sa bourgeoisie seule, former une armée. La Hollande et la Zélande, au commencement du quatorzième siècle et surtout sous les ducs de Bourgogne, étoient des pays très riches, et où les progrès du luxe attestoient le bien‑être financier des habitants.

L'organisation des villes étoit devenue de plus en plus aristocratique. Elles dépendoient du souverain, qui y avoit son représentant; mais cet officier avoit égard aux désirs des bourgeois et ne gênoit en rien l'exercice de leurs droits locaux. Sous le rapport administratif, chaque cité étoit une petite république. D'abord l'organisation étoit presque une pure démocratie; plus tard on n'appela aux assemblées que les citoyens les plus riches et les plus notables; ensuite on ne réunit plus que les chefs des corporations et métiers, des jurandes, avec les anciens régents; puis on institua des conseils permanents, dont l'autorité devint de plus en plus considérable et exclusive. Cette aristocratie bourgeoise excitoit souvent des murmures, des oppositions, des émeutes, et formoit un mur de séparation entre le souverain et les habitants. Souvent aussi les villes se révoltoient contre le duc ou comte lui‑même et, s'alliant avec ses ennemis, lui suscitoient de mauvaises affaires.8 On peut comparer leur position et leur conduite à celle des grands vassaux en France. Il y eut des luttes terribles sous Maximilien, et même encore sous Charles‑Quint.

Le souverain convoquoit les Etats, (Leur composition étoit différente; d'ordinaire clergé, noblesse, tiers‑état.) et accordoit des privilèges par un effet de sa libre volonté, par une manifestation de son pouvoir. Dans les Pays‑Bas, du moins en Hollande, les Etats, comme représentants de la nation, n'apparoissent qu'au quinzième siècle, sous Philippe le Bon.9 D'ordinaire ils se montrèrent empressés à prouver par tous les moyens possibles leur respect et leur amour pour le souverain, et celui‑ci sut de son côté, tout en déférant souvent à leurs voeux, maintenir avec vigueur et constance ses droits. Il y a une mémorable et triste exception: C'est le Grand‑Privilège de Marie10; acte absurde, arraché en 1477 au milieu des fureurs sanglantes de la révolte, à une femme, à une jeune personne, qui venoit de perdre son père11, son protecteur, son appui; et en présence de laquelle on faisoit périr sur un échafaud ses plus fidèles conseillers12; acte qui étoit à lui seul le bouleversement de tous les rapports et de tous les droits constitués. Mais il ne reçut jamais son exécution, et il fut révoqué et anéanti quelques années plus tard, avec l'approbation des Etats eux‑mêmes.13

Le souverain accordoit des privilèges, parce qu'il étoit souverain et non afin de le devenir: Kluit, Orat[io, p.] 90.14 Aussi p. 108, sq.15 Inauguration. On acceptoit pour sujets: Kl[uit], Orat[io], p. 13.16 Il y en avoit de temporels et de révocables; il y en avoit aussi d'irrévocables et perpétuels. Souvent c'étoit des libéralités pures et simples (Kl[uit], Orat[io, p.] 175)17, des grâces, des faveurs; quelquefois aussi c'étoit le prix des secours accordés par les sujets. Dans ce dernier cas il y avoit une espèce de contrat, de convention, soit expresse, soit tacite. Mais prenons garde ici de confondre deux choses extrêmement différentes. Il s'agissoit de contrats formant la base de tel ou tel privilège; mais nullement de contrats ou de contrat formant la base de la souveraineté elle‑même; nullement d'un pacte social; nullement d'une convention bilatérale et synallagmatique, relative à l'existence même du souverain. Celui‑ci, comme tout homme loyal, devoit fidèlement tenir ses promesses; mais il n'étoit pas déchu du pouvoir, pour avoir violé cette obligation. Tout au plus on eût pu lui refuser l'obéissance relativement à une chose exigée spécialement pour un privilège contractuel, devenu par là droit acquis. Si le souverain commettoit des injustices, des violences, on se plaignoit, on résistoit, dans la limite de ses droits, mais on ne se croyoit pas autorisé à briser les liens de dépendance et à déposer le souverain.

Et qu'on n'objecte pas la Joyeuse Entrée de Braband18, d'après laquelle on n'étoit pas tenu d'obéir, aussi longtemps que le souverain ne remédioit pas à ce qui avoit été fait contre les privilèges. - D'abord cette clause étoit exceptionnelle; elle n'existoit pas dans les autres provinces. Puis même dans cet acte, qui plus tard fut si diversement interprété, il n'est pas question de déposer le roi, de quitter son service, de rompre les liens de sujétion, mais seulement d'un refus provisoire et temporaire. On ne sembloit pas même prévoir la possibilité d'une rupture ouverte; et ce refus ne pouvoit suspendre l'exercice des droits de souveraineté.

Le pouvoir des souverains dans les Pays‑Bas et particulièrement en Hollande, avoit reçu de graves atteintes: par les longues guerres de succession, durant lesquelles les compétiteurs s'efforçoient de gagner les esprits par des bienfaits; ensuite par les croisades, par l'augmentation de la puissance des villes, etc. Par contre sous les maisons de Bourgogne et d'Autriche le lustre qui entouroit des souverains possesseurs de tant d'états divers, leur assuroit une double mesure d'obéissance et de respect.

Les ducs de Bourgogne et surtout aussi Charles‑Quint désiroient donner aux Pays‑Bas plus d'homogénéité.19 Les considérant comme un seul tout, par opposition à l'Espagne et aux états d'Italie et d'Allemagne, ils vouloient, autant que possible, simplifier la marche des affaires entravée par tant de dispositions et de coutumes particulières. C'est là que se trouve le secret de beaucoup de mesures. Haute Cour à Malines; tentatives pour former un royaume de Bourgogne; réunion de Hollande, Zélande et Utrecht sous un seul gouverneur20, anno 1534; traité d'Augsburg, réglant les relations des Pays‑Bas, comme d'un seul tout, avec l'empire, anno 1548; Sanction Pragmatique, anno 1549, qui les plaçoit sous une seule et même loi d'hérédité.21 Puis convocation des Etats‑Généraux.22 Le plus souvent pour assister à la célébration de grandes solennités. Formation d'un gouvernement central.

D'abord il y avoit un gouverneur‑général, représentant le souverain avec des pouvoirs très étendus. Conseil d'état, de finances, et de justice. Chapitre de la Toison d'Or (Archives [, 1e série,] I, [2me éd. p.] 135).23 Noblesse. Gouverneurs particuliers. Telle étoit la situation des Pays‑Bas. Pouvoir monarchique, héréditaire, absolu; mais réglé, limité, tempéré par les droits de l'église, de la noblesse, des villes, des corporations et des individus. Pouvoir ni arbitraire, ni illimité, mais soumis aux loix éternelles de la justice, qui ont pris corps dans les institutions historiques.

Quelques années plus tard nous trouvons une partie considérable de ces mêmes Pays‑Bas organisés en république. Il est nécessaire d'examiner les causes et la nature, le développement et les phases de cette révolution. Autant que possible on s'en tenoit aux anciens principes; mais les circonstances donnèrent lieu à des nécessités nouvelles et à des droits nouveaux. Il y eut donc beaucoup plus qu'un simple développement. Fluctuations. Le protestantisme est la cause déterminante, le principe efficient de la révolution des Pays‑Bas.24 On s'est obstiné, même encore de nos jours, à lui assigner une cause différente: la violation des privilèges, ayant pour résultat l'exaspération et la révolte des communes.

D'abord cette violation avoit lieu pour la religion25; pour le maintien du catholicisme‑romain et la suppression de ce qu'on nommoit l'hérésie; de sorte que, même sous ce point de vue, la cause primitive se trouve également dans les dissensions religieuses. Ensuite cette violation n'étoit pas de nature à légitimer une révolte armée: le souverain ayant juré le maintien de la religion catholique ne se croyoit pas en droit de négliger, à cause des privilèges, l'exécution d'une promesse aussi importante et aussi sacrée; et les sujets ne pouvoient se considérer libres de leurs obligations, aussitôt que les privilèges étoient violés.

Si de tels griefs eussent été la véritable cause de la révolte, la révolte eût cessé. La réconciliation eût pu facilement s'opérer; et nous en avons la preuve dans l'histoire de la partie méridionale des Pays‑Bas, qui retourna sous la domination du roi d'Espagne, après avoir obtenu la conservation et l'affermissement de ses droits. Il est vrai que souvent il est fait mention des privilèges comme légitimant la défense. Mais premièrement, ceci étoit nécessaire pour obtenir la coopération des catholiques, qui ne se seroient pas joints au mouvement, si l'on avoit combattu exclusivement pour les intérêts de la Réforme. C'est ainsi que Philippe II lui‑même, bien que sans aucun doute il avoit pour principal mobile le désir de faire triompher l'église de Rome, aussitôt qu'il veut se concilier les princes protestants, ne parle pas d'hérétiques, mais de rebelles. La commémoration des privilèges étoit un moyen d'action, un levier. C'est comme les jalousies contre l'Espagne. Puis cette violation est toujours mise en rapport avec la domination oppressive sur les consciences. D'ailleurs on doit aussi ne pas oublier le mélange de principes démocratiques qui vinrent s'emparer des événements et les modifier. Ce ne furent pas les villes et la magistrature qui commencèrent la révolution. Au contraire les magistrats s'y montrèrent longtemps hostiles.

Non! La cause de la révolution des Pays‑Bas fut évidemment la religion. L'église de Rome, qui avoit rendu de si grands services pour le maintien et la propagation de la doctrine évangélique, étoit complètement dégénérée. Elle renioit de fait la foi des chrétiens; elle condamnoit, comme des hérésies, les doctrines les plus directement nécessaires au salut. La Parole de Dieu étoit mise en oubli, et la chrétienté gémissoit sous le triple fléau de la superstition, de l'incrédulité et de l'immoralité. La Réforme vint protester contre ces abominations. Elle fut le retour à l'évangile, à la foi primitive; la continuation des apôtres, des martyrs, des Saint‑Augustin, Saint‑Chrysostome, Saint‑Bernard; le ralliement aux principes vitaux, aux grands traits, aux premières vérités de la bible. Elle substitua à l'autorité des hommes celle de Dieu; à celle des papes, des conciles, des traditions, l'autorité de l'Esprit Saint se manifestant dans la succession spirituelle de l'église.

Les réformateurs n'avoient pour but ni le renversement de l'église, ni la liberté religieuse, ni la liberté politique.26 Ils croyoient à la justification du pécheur par les mérites de Christ homme‑Dieu, crucifié pour nos offenses, et ils parloient parce qu'ils avoient cru.27 Mais cette doctrine, centre de toutes les vérités chrétiennes, étoit la condamnation du papisme tout entier, qui prêchoit la justification par les propres mérites et par les observances religieuses des hommes. Il s'agissoit pour Rome d'une question d'existence. Elle le sentit et tâcha d'extirper le protestantisme par le fer et le feu.28 Il eut ses martyrs, son baptême de sang. Ici encore ce sang fut la semence de l'église.

Bien loin d'admettre une liberté d'examen illimitée les protestants posèrent de nouveau le principe de foi, de soumission illimitée à la Parole Divine. Au lieu de se réfugier dans le vague, ils fondèrent leurs églises en sanctionnant, dans des confessions très explicites, les vérités bibliques indispensables au salut.

Bien loin d'affoiblir l'autorité politique, ils la rétablirent sur d'inébranlables fondements. En l'assujettissant à Dieu, ils assurèrent son indépendance du prétendu vicaire de Christ, et la rendirent sacrée pour les hommes. Il y avoit beaucoup de germes de troubles et de bouleversements; la Réforme les réprima. On cite les anabaptistes, les guerres civiles de la France et des Pays‑Bas, celle de 30 ans en Allemagne; mais ce sont là ou des déviations, des excès, de fausses applications; ou une résistance, une réaction, une défense légitime contre la plus violente oppression. Elément d'obéissance, de calme et de sujétion.

Méconnoissant les principes de la Réforme on a cru trouver des analogies entre elle et la révolution françoise. Celle‑ci n'a pas poursuivi, mais autant qu'il étoit en elle, anéanti l'oeuvre de la Réforme. Elle a de nouveau substitué à l'autorité de Dieu celle des hommes, la raison individuelle à la foi, la propre justice à la justification par Jésus‑Christ. Le mouvement qui, de nos jours, se manifeste partout, le retour à la foi, voilà la continuation de la Réforme.

De bonne heure les adhérents de la Réforme furent nombreux dans les Pays‑Bas. Pendant près d'un demi‑siècle ils se laissèrent martyriser. On vouloit extirper la prétendue hérésie; mais cette plante, que le Père Céleste avoit plantée, ne pouvoit être déracinée. On frappoit sur cette enclume, mais le marteau devoit se briser. Accroissement des protestants et redoublement de sévérité contr'eux devoient finalement avoir un conflit pour résultat. Considérons de plus près les différents actes de ce drame terrible, mais instructif.

Le désir de professer librement les vérités évangéliques et la crainte de l'inquisition motivèrent principalement et les démarches du prince d'Orange contre Granvelle, et la Confédération des Nobles, et les scènes de 1566, la publicité des prêches et le renversement des images. Les causes politiques qui vinrent s'y mêler, eurent une influence très secondaire. On aimoit la maison d'Autriche, on chérissoit la mémoire de Charles‑Quint, on avoit de la confiance dans la bonté de Philippe II, que le fanatisme seul, disoit‑on, rendoit cruel. D'autres mobiles venoient pourtant s'y mêler. Ambition; jalousie contre les Espagnols; idées républicaines, nourries par les événements de France et d'Ecosse.

Expédition de 1568.29 De quel droit et en quelle qualité le prince d'Orange prenoit‑il les armes? Comme lieutenant du roi dans plusieurs provinces. Le roi étoit absent; le gouverneur‑général30, autrement représentant légitime du souverain, étoit devenu, par sa conduite injuste et cruelle, son ennemi; le trompoit, agissoit contre ses intentions. Donc le prince étoit obligé, par les devoirs de sa charge même, de subvenir aux intérêts gravement compromis. Il31 avoit été remplacé, il est vrai par le comte du Bossu; mais le même raisonnement étoit valable contre celui‑ci, et ce remplacement avoit eu lieu à une époque où l'on avoit déjà réussi à circonvenir le souverain. Il se concerte surtout avec les provinces dont il est le gouverneur. Comme un des principaux membres des Etats. Possédant de vastes propriétés dans le Braband, en Hollande et ailleurs. Investi du droit de résistance. - Chevalier de la Toison d'Or. Souverain de la principauté d'Orange. En cette qualité il donne des commissions sur mer. (Cependant Van Meteren [, Historien,] p. 59.32 Surtout V[an] d[e] Sp[iegel], [Historie van de] satisf[ actie], p. 110.33 Souverain; anno 1576. Van Meteren [, Historien], p. 104a.34) Il étoit chef ayant juste et légitime vocation (Te Water [, Historie van het verbond] IV, 284).35 Comme les princes en Allemagne; comme Jacques, prieur de Saint‑André en Ecosse; comme Condé et Henri IV en France (cause autorizée, La Noue [, Discours], p. 807).36 On ne permettoit pas aisément la résistance (La Noue, Mémoires, p.303 sqq. et p. 307: `souffert 40 et 45 ans'.37 Voyez cependant p. 309; 565; 56738; De Bèze [, Histoire ecclésiastique] I, 249).39 Coligny ne vouloit pas le premier introduire les étrangers. De Bèze [, Histoire ecclésiastique] II, 30; pas rebelle40, Wals[ingham, Mémoires], p. 293 l. 8. La position de Condé et de Coligny étoit sous beaucoup de rapports la même. Plus difficile, parce qu'en France il n'y avoit pas, comme aux Pays‑Bas, un motif national. Plus favorable, parce qu'ils défendoient l'édit royal de janvier 1562. On se prévaloit aux Pays‑Bas de l'édit d'août 1566; `parta regis edicto libertas' (Scrin[ium] antiq[uarium], p. 625)41, mais il émanoit seulement de la gouvernante.42 En France on n'agissoit aussi pas contre le roi (mineur)43 (De Bèze [, Histoire ecclésiastique] II, 70; 188).44 On récusoit les étrangers (II, 60).45 Le prince prenoit les armes pour le roi contre le duc d'Alve (Archives, [1e série,] III, 210).46 Son but étoit de faire cesser les persécutions inouies et d'obtenir le rétablissement des privilèges.47

La religion étoit depuis longtemps son principal mobile. Maintenant aussi il étoit surtout sollicité et secouru par ceux de la religion (Bor [, Oorsprongk] I, 253).48 Mais des motifs additionnels. Il désiroit éviter la guerre civile, rendre la cause nationale. Il falloit donc réunir protestants et catholiques par des sympathies communes: haine contre les Espagnols; crainte de l'inquisition; attachement aux privilèges; indignation contre le duc d'Albe; désir de faire maintenir des contrats. Pour ces motifs trois pièces.

[1.] Lettre du 3 mars [1568] au duc d'Albe (Le Petit [, La grande chronique II] p. 171).49

[2.] Commission au comte Louis (Bor [, Oorsprongk I], p. 233b [‑234a].50

[3.] Déclaration du 31 août [1568] (Bor [, Oorsprongk I], p. 253 [a‑254b].51

Quels moyens le prince emploie‑t‑il? D'abord il avoit voulu rémédier aux affaires par le conseil d'état. Par les chevaliers de l'Ordre. Par les Etats‑Généraux ou particuliers. Maintenant il a recours aux armes; mais toujours aussi au nom des Etats et avec le désir d'utiliser cet élément de force.

Expédition de 1572. Mêmes droits, mêmes motifs. Maintenant autorité en Hollande. Qui étoit le prince? Gouverneur. Membre des Etats. Souverain, puissant par ses relations. Depuis longtemps l'espoir des opprimés.

On se saisissoit des villes en son nom (Bor [, Oorsprongk], p. 366b).52 Gouverneur‑Général à défaut du duc d'Albe. Et qui étoient les Etats? En Hollande (Kluit [, Historie] I, 17 sqq53; Hooft [, Nederlandsche historien] I, 212.54 Staten van Utrecht 1570). Sur le droit de se réunir, Resolutien [van de Heeren Staten] van Holland 1564, p. 7255; 1565, p. 3156; 3957; 4158; 5259; 1566 (1567) p. 1.60 De ce point de vue il faut considérer les délibérations à Dordt. Partie des Etats; partisans du prince; convoqués par lui (Kluit [, Historie] I, 380).61 Seulement le jour avoit été fixé en Hollande (Bor [, Oorsprongk, p.] 386b). Venue d'Aldegonde nécessaire (Bor [, Oorsprongk, p.] 387).62 Que firent‑ils? Bor [, Oorsprongk, p.] 388a).63 Also, pas dewijl, mais gelijk, soals, agnoverunt. Lieutenant des konings. Generale gouverneur. Indique peut‑être sa substitution au duc d'Albe.64 La seconde période (Bor l.l.) se rapporte aux autres provinces. Le prince rétabli dans la puissance ordinaire du stadhouder. Même la puissance extraordinaire65 lui revenoit par les circonstances de plein droit. Ce ne fut que longtemps après et quand on se fut séparé de Philippe, que la source de son pouvoir devint toute différente: savoir les relations contractées avec les Etats et la nation.66 Mais les Etats ne pouvoient prétendre à aucune augmentation de pouvoir. Toutefois Guillaume I la leur donna. Les circonstances le rendoient nécessaire. Le prince désiroit se concilier les Etats; les rendre participants de sa responsabilité tant envers le roi qu'envers le peuple; se faire d'eux un appui. Le prince avoit besoin d'argent (Kluit [, Historie] I, 78).67 Le 25 août 1572 [il] déclare ne vouloir rien faire sans l'avis des Etats (Kluit [, Historie] I, 6968); ordonne de rassembler les chartes. Dès lors tendance des Etats à devenir indépendants. Néanmoins, dans les moments de crise, ils se rallient au prince et augmentent ses pouvoirs.

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