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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI

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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI



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Enfin que faut‑il faire?40 Quels sont les devoirs, dans les circonstances actuelles, pour tout chrétien? Pas de Dissidence.41 Il n'y a pas lieu de se décourager. Il faut lutter avec courage, avec persévérance, ne pas mépriser les petits commencements42; être attentif aux signes favorables, ne pas oublier que, parmi les fruits d'une lutte énergique, on peut compter sur la rentrée des Dissidents. Pas de renversement du synode43, mais protestation contre l'illégitimité de son origine, contre l'abus de son pouvoir; contre son alliance avec l'état pour maintenir une organisation contraire au système presbytérien. Action collective des chrétiens dans l'église pour défendre et pratiquer sa foi.44

Faut‑il donc une Alliance Evangélique? Peut‑être; mais songeons d'abord à obtenir la veritable unité, l'unité spirituelle. Etre de plus en plus, comme le sarment au cep, au Chef de l'église, telle est la plus sûre garantie que, tôt ou tard, sera manifestée l'union des enfants de Dieu. Nous éviterons ainsi le soupçon injuste de vouloir artificieusement gagner des adhérents et former un parti.tandis que d' un autre côté on pourra de nouveau se convaincre que, là où il y a de partout un parti. Quand on obéit aux ordres du Chef céleste, le mouvement, même sans qu'on se concerte, suit la même direction et il n'est pas douteux que, par l'amour et le zèle, on sera conduit à travailler en commun, dans des cercles plus ou moins étendus ou restreints.45

Néanmoins il est désirable de s'entendre sur des points essentiels. Il faut pour l'Eglise Réformée renoncer franchement à tout privilège; on n'en sera que plus fort pour repousser, appuyé sur le droit commun, un joug exceptionnel. On a brisé les liens réciproques. Soit, mais ce doit être, non pour nous mettre à la chaîne, mais pour nous mettre en liberté.46 A une époque comme la nôtre, on ne saurait trouver un moyen de ralliement dans l'acceptation pure et simple des livres symboliques. Au contraire, c'est le plus sûr moyen de désunir les chrétiens. Après de longues ténèbres, nous voyons luire l'aurore d'un jour nouveau. Tenons compte de la disposition des esprits. Hommes forts, songez qu'il faut du lait aux enfants.47 Il n'y a qu'une parole qui convienne à tous, c'est la Parole de Dieu.48

Il ne faut pas fraterniser avec les contradicteurs des vérités fondamentales.49 Pasteurs, consistoires, simples fidèles doivent se servir de tous les moyens légitimes pour faire valoir et prévaloir contre eux le droit de l'église. L'église doit être le terrain des oeuvres évangéliques. L'activité chrétienne doit être mise en rapport avec sa foi.50 Il nous faut cette garantie que les institutions philanthropiques seront animées d'un esprit chrétien. Aucune garantie ne suffit, mais ce n'est pas un motif pour n'en vouloir aucune.

Nous troublons, dit‑on, la paix de l'église.51 Quelle paix désirez‑vous donc? Celle qui est compatible avec la désobéissance à Dieu et le reniement du Seigneur! Celle qu'on achète au prix du repos de la conscience et du salut des âmes! Nous portons le trouble dans l'état.52 Loin de là; nous obéissons sans réserve à l'autorité légitime, dans la sphère de ses attributions et subordonnée au Roi des rois, mais nous ne fléchissons pas devant un pouvoir révolutionnaire qui veut imposer à l'église sa volonté, et dans les temps où nous vivons, lorsqu'on s'écrie: `N'es tu pas celui qui trouble Israël?' il nous est souvent permis de répondre: `Je n'ai point troublé Israël, mais vous en ce que vous avez abandonné les commandements de l'Eternel.'53

Nous jouons le jeu du catholicisme romain. Comment donc! Ce qui conduit à Rome, c'est le protestantisme bâtard, protestant contre l'évangile et sacrifiant les plus chers intérêts de l'église chrétienne à des théories de religion humanitaire. L'évangile qui résiste à Rome, c'est celui de Christ et des apôtres, non cet évangile sans nerf et sans force, édulcoré d'après les goûts philosophiques. Luther eût‑il été un plus puissant réformateur, si, pour travailler avec Erasme, il se fût mis au niveau de sa foi vacillante et de ses hésitations pusillanimes, et Calvin eût‑il vu de plus riches bénédictions sur ses travaux, s'il eût tendu à Socin une main fraternelle?54 Que Rome se félicite de notre désunion; elle aurait plus de sujet de se féliciter de la durée d'un accord basé sur le silence en face de l'incrédulité.

Plusieurs passages faisaient vivement ressortir l'énormité des injustices auxquelles l'église était en butte. Ainsi nous nous élevames de nouveau55 contre l'enseignement théologique confié aux adversaires systématiques de la foi qui caractérise le christianisme biblique. Nous fîmes sentir qu'un traitement pareil serait impossible, si la communauté avait conscience de ses droits et de sa responsabilité; s'il y avait en elle quelque chose de cet ardeur qui à Zurich avait fait révoquer la nomination d'un ennemi de l'évangile.56 Ainsi nous fîmes sentir l'absurdité d'une église purement réglementaire. La communauté est libre de croire ce qu'elle veut; le pasteur prêche ce qu'il veut; et cette liberté réciproque est la condition sous laquelle l'église pourra fleurir. Et n'allez pas craindre qu'il n'en résulte quelque désordre. A défaut de la même foi, nous avons le même règlement. Je puis refuser l'adoration au Christ, pourvu que je me soumette au synode. Qui confesse de coeur la foi de l'église et s'écarte des règlements, est un rebelle; qui respecte le règlement et foule aux pieds la confession, est dans l'église un membre fidèle, un consciencieux ministre, un digne professeur.57

Cet écrit fut publié au commencement de février 1843. Il y avait encore cinq mois avant la réunion du synode. Notre but était de provoquer la discussion, d'écarter les voiles qui dérobaient le véritable état de l'église aux regards de beaucoup de chrétiens, de déjouer les tentatives faites par le synode pour appaiser les esprits par de fausses apparences; de concentrer, de fixer surtout l'attention sur le point en litige, sur l'alternative dans laquelle venait se résumer la lutte: l'église a‑t‑elle renoncé à toute doctrine? N'a‑t‑elle d'existence et de continuité que par ses règlements?

Notre attente ne fut pas déçue. Le courroux et la frayeur de l'école de Groningue et de ses adhérents redoublèrent. On nous accabla de reproches et d'injures, en prose et en vers58, dans des écrits sérieux58a ou satyriques59 et on s'efforça de démontrer que nous étions des apôtres du despotisme religieux et politique, ennemis de progrès et des lumières et que la nouvelle école, en débarrassant l'évangile des superstitions prétendument orthodoxes, ne faisait que continuer l'oeuvre des réformateurs. Cette outrecuidance ne laissait pas de produire de bons fruits. On sentait de plus en plus la nécessité de mettre un terme aux envahissements progressifs de doctrines aussi dangereuses. Nous étions devenus évidemment les organes des milliers de pétitionnaires qui d'année en année avai[en]t fait entendre leurs plaintes; les chrétiens dissidents et les chrétiens orthodoxes étaient nos alliés naturels; le mouvement religieux se concentrait pour le moment dans le combat que nous avions engagé. La question était brûlante. Le synode plus que jamais allait se trouver embarrassé. On pouvait se flatter que le parti évangélique, se sentant appuyé, allait prendre courage et qu'une déclaration franche et énergique, un témoignage de fidélité aux grands dogmes chrétiens, serait le commencement et la garantie d'un avenir meilleur. Ce fut alors que parut un écrit de M. da Costa.
VI. Compte‑rendu de mes opinions à l'occasion de la lutte sur l'adresse à la communauté Réformée des Pays‑Bas60, tel était le titre de cette brochure qui allait mettre un poids décisif dans la balance. Extrêmement remarquable, comme tout ce qui jamais sortit de la plume de cet auteur, la brochure contenait deux parties très‑distinctes. D'abord, quant à l'école de Groningue, M. da Costa acceptait son défi. Vous ne voulez pas de confession, pas de formulaires, pas d'autorité humaine. Parfaitement, je viens à vous, au nom du droit de la vérité, au nom de la Parole de Dieu. Vous reniez dans la personne du Christ le Dieu Sauveur, c'est‑à‑dire, vous supprimez la vérité fondamentale du christianisme. Examinons donc les Ecritures. Et, se plaçant ainsi sur le terrain scripturaire, M. da Costa, avec sa clarté et son énergie et sa charité habituelles, battait en brêche les sophismes de l'exégèse de ses antagonistes.

Rien de mieux, si M. da Costa en fut resté là; rien de plus propre à faire sentir la légitimité, l'importance, la nécessité de notre démarche. Mais les pages suivantes, où l'on abordait directement la question du jour, contenaient la désapprobation la plus formelle de nos adresses. Vous avez demandé en 1842 le maintien des formulaires. Un maintien efficace, à mon avis, implique une signature du symbole sans aucune réserve. Mais, malgré mon admiration pour les monuments de la piété de nos pères, je dois me prononcer de la manière la plus positive contre une semblable remise en vigueur d'écrits symboliques qui appartiennent à une époque antérieure de l'église. Cette opinion était chaleureusement développée.

Il y avait là une double et grave méprise. D'abord quant au terrain que nous avions choisi, ensuite quant à celui qu'il crut devoir choisir lui‑même. Le maintien des formulaires tel était l'unique motif de son éclatant désaveu. On n'a qu'à relire nos deux écrits61 pour se convaincre, à chaque page de leur sens et de leur portée. Reconnaissez que les vérités essentielles et capitales de l'évangile, remises en évidence par la Réforme et auxquelles nos livres symboliques rendent témoignage, que les vérités combattues de nos jours et dans le sein de notre église, sont inséparables de sa foi, en forment la base et ne sauraient être éliminées sans amener sa complète dissolution. Appel à la conscience de tous: c'est la foi historique de l'église, qu'on ne peut changer à coups de majorité. Appel à la conscience des chrétiens: c'est la foi contemporaine, c'est la nôtre, dans laquelle nous désirons vivre et mourir.

Telle était notre pensée, présentée d'ailleurs avec modération, tolérance, largeur. Le maintien des formulaires n'était pas pour nous en première ligne, mais la défense de la vérité et le maintien de l'église. Eglise établie ou église libre, faisant appel à ses symboles ou en rédigeant de nouveau. Ce que nous estimions devoir combattre à outrance, c'était la déloyale et dangereuse tactique par laquelle le synode, en sauvant les apparences, en faisant même grand étalage de son attachement aux bases de la foi, poursuivait astucieusement son oeuvre et introduisit dans l'église, à l'ombre de déclarations ambigues, une liberté d'enseignement illimitée.

Nous avions demandé le maintien des formulaires. Avec beaucoup de réserves. C'est inutile, disait M. da Costa. Ces réstrictions, ces précautions disparaissent dans la pratique. Tout ou rien. Il faut abandonner le symbole suranné, ou il faut le maintenir jusque dans ses moindres détails. Même en admettant ce raisonnement, M. da Costa perdait entièrement de vue la place de notre demande dans le cadre et l'enchaînement de la discussion. C'était une réplique au synode qui avait pour but de déjouer sa tactique et de le contraindre à s'expliquer franchement et à en finir avec le triste système des phrases rédigées pour donner le change aux esprits et pour dissimuler l'antagonisme sous des apparences trompeuses d'unité. Le synode avait déclaré que le symbole demeurait obligatoire quant aux vérités essentielles; c'est à dire (selon le parti de plus en plus dominant) quant aux vérités que chacun pour soi jugerait62 telles. Il s'agissait donc simplement de savoir si la réponse du synode qui prêtait à des interprétations pareilles, était satisfaisante; si, au milieu de la licence de fait, elle n'était pas décidément favorable à la prolongation du désordre; si la comédie de 25 ans63 ne devait pas enfin cesser.

L'écrit de M. da Costa déplaçait complètement la question. Venue de la part d'un de nos antagonistes il ne nous eut pas été difficile de redresser pareille erreur. Mais un désaccord si complet et si inattendu venant à se manifester entre les orthodoxes, entre nous et le plus considérable de nos amis, au moment décisif, causa une telle sensation, une si grande surprise et joie parmi nos antagonistes que toute tentative de poursuivre la voie dans laquelle nous étions entrés, devenait ridicule. Nous cernions le synode de fort près; ce fut la levée du siège; nous faisions avec lui une partie d'échecs; ce fut le renversement des pièces; nous étions en discussion; ce fut la brusque interruption du dialogue dans lequel le mouvement confessionnel, voulant du moins que l'église sut rendre compte de sa foi, s'était concentré.

Encore si M. da Costa, en attaquant l'école de Groningue sur le terrain biblique, eût en écartant le formulaire, traité la question du point de vue ecclésiastique; s'il eût conclu64 en disant: voilà, selon nous, d'après la bible, vos erreurs; selon nous, votre religion est un christianisme sans Christ. Ces erreurs sont évidemment trop graves, pour que vous et nous puissions rester dans la même église. Vous prétendez n'être pas lié par le symbole, vous y retrouvez votre foi; vous affirmez que votre système est une opinion parfaitement compatible, plus compatible que la nôtre avec la foi traditionnelle et historique de l'Eglise Réformée des Pays‑Bas; eh, bien soit; si vous pouvez mettre d'accord votre conscience avec de semblables prétentions et si votre influence est assez grande pour les faire prévaloir et pour nous réduire au silence, alors nous formerons une église libre en face de l'église dégénérée; si M. da Costa s'était exprimé ainsi, même en nous désavouant, il eût agi conformément à notre idée, à nos désirs et malgré notre défaite apparente, nous eussions pu lui tendre la main et rétablir immédiatement le combat.

Mais M. da Costa prit une position tout‑à‑fait différente. Il entama une discussion, non comme membre de l'église, mais comme simple chrétien. Rien de mieux sans doute en soi; et cependant rien de plus parfaitement inutile, en rapport avec la question à l'ordre du jour. On eut bientôt lieu de s'en appercevoir. Que répondirent les théologiens de Groningue? Qu'ils n'avaient pas le loisir de s'occuper de polémique, que la réponse la plus complète se trouvait dans l'exposition de leur doctrine; qu'ils répugnaient à des luttes interminables; qu'ils ne pouvaient interrompre leurs travaux pour prêter l'oreille aux raisonnements d'un dilettantisme rétardataire, nullement à la hauteur de l'exégèse et de la philosophie moderne. C'était, dira‑t‑on et a‑t‑on dit, battre en retraite, trahir le sentiment de sa faiblesse, s'abriter derrière des prétextes et de mauvaises raisons. Je n'oserais l'affirmer. Il me semble que le défaut de la position de M. da Costa rendait ces raisons excellentes. Il n'y avait guère apparence de se convaincre; de part et d'autre les raisonnements à l'appui de son opinion et contre l'opinion contraire étai[en]t abondamment connus. Pourquoi donc perdre le temps par des disputes dont on ne pouvait se promettre le moindre résultat. Observez d'ailleurs que ces messieurs devaient, autant que possible, éviter la lutte; que leur doctrine gagnait précisément du terrain à la faveur du système de conciliation et de paix qui endormait les esprits.

Mais M. da Costa avait donc doublement raison de vouloir troubler le pernicieux accord. Sans doute, mais pour cela même il fallait que la dispute fut mise en rapport avec un intérêt de circonstance; que la lutte eut un enjeu; que l'ennemi fut contraint de se défendre en vue des résultats de la lutte; sur le terrain ecclésiastique on était à même de le blesser, de lui faire jeter les hauts cris, de le contraindre à développer toutes ses ressources et de remporter sur lui une victoire définitive; sur le terrain individuel, bien loin de le vaincre, on ne pouvait même l'aborder.
Chapitre III 1844‑1854 Nos luttes
I. Sous toutes ses formes, il n'y eut, durant ces dix années, qu'une seule et même lutte: la lutte pour le maintien de l'église contre les envahissements du subjectivisme. Le maintien de l'église, en ce qu'elle a de commun avec les églises protestantes de la Réforme, avec les églises chrétiennes; le maintien de la catholicité évangélique sur le terrain des églises particulières.

Sans doute nous avons toujours combattu la suppression de la confession de l'église par voie indirecte et tendant à anéantir toute unité de croyances dans son sein. Nous avons dit avec Vinet: `Les confessions de foi, expression ou produit d'une vie, ne sont pas la vie et ne la donnent pas. Leur présence n'empêche pas de la décadence des doctrines et des moeurs. On a vu des prédicateurs, des clergés entiers, sous le régime d'un symbole très évangélique, réduire leur dogmatique à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme. Mais la rencontre de ces mêmes confessions de foi fait aussi, dans des circonstances données, un vif appel aux consciences.'65 `Le livre qu'on appelle Confession helvétique n'est que l'enveloppe de certaines vérités; c'est à ces vérités, non au livre, que vous êtes attachés; mais si, à travers le livre, c'est aux plus fondamentales de ces vérités que veut arriver l'épée de l'ennemi, si la suppression du livre est le solennel désaveu des vérités qu'il renferme, il faut défendre le livre, tout humain qu'il est, et quelque imparfait qu'il puisse être. Tout livre qui renfermerait les mêmes choses serait attaqué de même, devrait être défendu de même. Vous ne pouvez consentir à la suppression du livre que quand les vérités qu'il renferme auront été mises à l'abri; et pour le moment elles n'ont d'autre abri que ce livre même. Bien entendu qu'il ne s'agit point, en sens absolu, de les sauver; la vérité se sauve elle‑même, et n'a pas besoin de l'asile d'un formulaire; c'est à elle à créer les symboles, non aux symboles à la créer. Mais si l'abandon du symbole implique l'abandon de la vérité, on ne peut faire bon marché de l'un sans faire bon marché de l'autre. Or, si nous voulons que la vérité nous garde, il faut que nous la gardions.'66

Nos déclarations à cet égard ont été fréquentes et explicites. En 184767 j'écrivais: Enlevez nous les formulaires, pourvu que sous une forme quelconque vous nous laissiez ces vérités fondamentales qui, comme l'histoire de l'église et ses écrits symboliques l'attestent, ont de tout temps été considérées comme son principe vital. Maintenez la foi, non comme elle est empreinte dans la théologie de nos pères avec une subtilité dialectique, mais comme de nos jours encore elle vit dans le coeur de tout croyant. Y a‑t‑il une église sans foi, c'est‑à‑dire, y‑a‑t‑il de la vie où l'âme n'est plus? L'église est‑elle une société dont la base varie journellement selon les caprices de la majorité, ou bien une institution divine fondée sur des vérités qui forment à travers les siècles, le lien des fidèles et l'essence de la communauté?

Ce n'est pas à d'insignifiants détails, à des vérités secondaires, à une orthodoxie morte, c'est à l'orthodoxie vivante, aux vérités centrales, à la seule chose nécessaire68, à notre unique consolation dans la vie et dans la mort69, que nous avons donné70 le témoignage séculaire et perpétuel de l'église chrétienne, dans son expression locale, pour point d'appui. Les progrès de l'incrédulité ont développé ce système de tolérance, de support, de largeur ecclésiastique jusque dans son élasticité la plus extrême. Nous avons dit à nos adversaires: Que désirez‑vous garder? A quelles doctrines attachez‑vous encore quelque prix? Dans les vérités traditionnelles de l'église chrétienne n'y‑a‑t‑il rien, absolument rien dont, sur le terrain de la discipline il faille tenir compte? Votre latitudinarisme ne connaît‑il aucune limite? N'y‑a‑t‑il aucune opinion qui dans l'église soit intolérable? Prétendez‑vous que l'église n'a nulle doctrine, ou qu'en ayant une foi, elle doive accueillir ceux qui la combattent.?71 Ce que nous avons constamment attaqué, c'est `l'organisation sans dogme, l'école du doute, l'école qui n'exclut que les exclusifs, l'école qui ne dit ni oui ni non, et qui dit toujours peut‑être.'72 Il faut repousser `les équivoques et surtout les équivoques scripturaires qui sont les pires de toutes.'73 Il faut lutter; il faut rester dans l'église: `ne pas donner à croire, en se retirant, que la doctrine qu'on prêche, n'est pas celle de l'église à laquelle on appartient.'74 Suivre une marche décidée et ferme, patiente et sûre. Ne céder qu'à la violence et en demeurant ainsi dans l'église, mettre tout en oeuvre pour la reconquérir.

Ces conseils de stratégie si simples et tracés si clairement par le devoir n'ont pas été suivis. A vrai dire, il n'y a pas eu de lutte ecclésiastique. On a laissé faire et l'on s'est borné à l'activité particulière et au témoignage individuel.
II. Quelle était la position? Le symbole n'était pas supprimé. Le synode de 1816 n'avait nul pouvoir à cet égard. On ne saurait substituer au sens clair d'un contrat une interprétation absurde qui, en semblant le confirmer, vient l'anéantir. Aussi le synode de 1841 s'était gardé de donner son approbation à pareille licence. Les fondements, selon lui, n'étaient pas ébranlés.75 Le symbole était obligatoire quant à son essence. Le règlement exigeait avant tout des autorités ecclésiastiques le maintien de la doctrine de l'Eglise Réformée. Les coutumes de l'Eglise n'étaient pas abolies; les anciens étaient tenus de veiller à l'orthodoxie des pasteurs; les membres du troupeau étaient, à chaque nomination de pasteur, mis en demeure de s'opposer, pour cause aussi de doctrine, à l'installation du nouveau ministre.

La grande difficulté consistait à unir la fermeté et le support. Tout revenait à la question: quelles sont les vérités essentielles à l'égard desquelles il n'est pas permis de transiger? La réponse ne pouvait évidemment s'obtenir que par la pratique. Aussi souvent que ces vérités étaient en cause, user du droit devenait un devoir. Annoncer l'évangile en temps et hors de temps, vivifier les sympathies des communautés pour la doctrine du salut et saisir alors les occasions de grouper les fidèles autour d'une protestation énergique contre un abus de pouvoir, telle était la marche tracée et qui, suivie avec zèle et persévérance, pouvait amener de grands résultats. Il y eut des protestations de ce genre. Par exemple à Leide, à l'avènement d'un pasteur renommé parmi les adhérents de l'école de Groningue.76 Mais à quoi aboutirent de pareilles démarches? A l'issue la plus décourageante. A des reproches dédaigneux aux signataires; à des réponses évasives; à des déclarations ambigues ou contradictoires; tantôt prétendant qu'on perdait complètement de vue que la position de l'église envers le symbole était modifiée; tantôt se récriant à l'idée que le symbole aurait perdu toute force obligatoire; mais jamais précisant quelle était donc maintenant sa signification et sa portée et surtout ayant toujours soin de conclure à l'admission du pasteur.

Mais faut‑il s'en prendre uniquement ou surtout aux autorités ecclésiastiques de ces tristes résultats? Non sans doute. Car ce furent là des cas tout‑à‑fait exceptionnels. Ces actes de fidélité trouvaient fort peu de concours et de sympathie. Ils ne ralliaient point les membres fidèles; ce n'était pas l'expression collective et unanime de la fraction orthodoxe; on n'en avait guère souci et on s'indignait médiocrement de l'injustice et de la non‑réussite. La domination du parti était considérée comme irrésistible et définitive. On s'y résignait; on prenait souvent même en pitié l'ardeur inutile des pétitionnaires; et cette abdication volontaire enhardissait les antagonistes à poursuivre le chemin qui devait aboutir à la dissolution de l'église.
III. On sentait le besoin de se réunir, de se concerter, de délibérer et d'agir. Mais toujours le manque de sens et de direction ecclésiastique rendait ces tentatives inutiles, si ce n'est pas nuisibles au grand but de la défense et de la vivification de l'église.

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