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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI

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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI



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C'est ce dont nous eûmes un fâcheuse exemple dans nos réunions semestrielles à Amsterdam. On s'y entretenait des choses qui concernent le royaume de Dieu. La presque totalité des assistants appartenait à l'Eglise Réformée établie; il y avait en outre quelques dissidents77, un luthérien78, un mennonite.79 A mon avis il fallait avant tout s'occuper des intérêts et des droits de l'Eglise Réformée; question capitale, question commune à tous, même aux membres des autres églises protestantes, puisqu'il s'agissait, non de faire prévaloir le calvinisme, mais de combattre le rationalisme80, en exerçant une influence légitime sur le terrain décisif de l'église prépondérante. Rétablir dans l'église l'autorité de ses doctrines, était le vrai moyen de préparer la rentrée des frères dissidents et chaque chrétien devait, pour l'avantage de toutes les communions évangéliques, désirer le triomphe de81 l'évangile dans l'Eglise Réformée qui, lorsqu'il s'agit des protestants, est celle de l'immense majorité.

En prenant position sur le terrain de la foi réformée, ces assemblées avaient une magnifique tâche et un bel avenir. Là se trouvaient des pasteurs comme MM. Heldring, Hasebroek, Van Rhijn, Secrétan, De la Saussaye, Beets, Callenbach, Schijvliet, Gildemeester82, le professeur Valeton, des laïques comme Da Costa, Capadose, Elout, Van der Kemp, Singendonck, Van der Brugghen, des hommes marquants par leur foi et leur activité chrétienne, leurs talents, l'étendue de leur83 connaissance, leur science théologique, leur position sociale et dont la parole et les écrits étaient éminemment populaires. En combinant leurs efforts, en les concentrant dans une sphère d'action déterminée par leurs droits et leurs devoirs ecclésiastiques, ils eussent pu, sous la bénédiction divine, amener dans l'église un changement total.

Malheureusement dès l'entrée et de plus en plus ce point de vue fut combattu et écarté. Plusieurs n'en soupçonnaient pas même l'importance, craignant de manquer d'égards envers les frères luthériens ou mennonites, ne voulaient pas courir le risque d'éloigner des amis dont la présence servirait à l'édification commune. Il ne fut pas interdit de parler des intérêts de telle ou telle église particulière, mais le maintien de l'église établie sur ses bases bibliques ne fut pas le motif et le but principal. Les questions ecclésiastiques devinrent ainsi plus ou moins inopportunes et déplacées; un hors d'oeuvre. Les réunions prirent un autre caractère et devinrent une espèce d'Alliance Evangélique.

Chose excellente, si en même temps, dans des réunions spécialement consacrées à l'Eglise Réformée, on eût pu s'occuper de la question brûlante, du to be or not to be de cette église. Mais il n'en fut pas ainsi. Elle fut presque mise en oubli. Ce n'est pas tout. Ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'est que l'alliance vint se substituer sous quelques rapports à l'église et remplir sa tâche. Ne se bornant pas à des réunions d'édification et de consultations fraternelles, elle donna, directement ou indirectement, naissance à toute sorte d'oeuvres chrétiennes, des écoles, des asyles, des publications périodiques, des distributions de traités, des tentatives d'évangélisation, des travaux missionnaires et toutes ses oeuvres au lieu de se rattacher à l'église, en prenant sa foi pour règle et se mettant ainsi naturellement et volontairement à son service, devinrent des oeuvres individuelles et indépendantes. Cette tendance eut et devait avoir des suites regrettables.

Loin de nous de vouloir contester ou déprécier le mérite et les précieux fruits de cette activité chrétienne et de ne pas proclamer hautement qu'on lui est redevable de beaucoup d'institutions qui ont fait beaucoup de bien dans notre pays. Il fallait absolument en venir à la pratique. Disserter sur les droits et les devoirs de l'Eglise Réformée ne suffisait point. Mais la doctrine et la vie auraient ici encore dû marcher de concert. Aussi dans la pratique il fallait agir en qualité de membre de l'église; on eût agi avec plus d'ensemble et d'une manière plus efficace. Ces oeuvres furent entièrement dépourvues du caractère de stabilité et de force que des rapports avec l'église et ses croyances eussent seules pu leur assurer. Oeuvres, dès lors plus ou moins éphémères, elles ne présentaient aucune garantie d'une durée conforme aux dessins, à l'esprit, à la foi des fondateurs. Ensuite en dirigeant l'activité chrétienne dans de voies particulières, elles enlevèrent à l'église des forces plus que jamais nécessaires et les transportèrent sur un autre terrain. C'était mettre le sel et le levain84 à part, hors de l'église. C'était de plus en plus et de toute manière, même en restant dans l'église, abandonner la lutte.


IV. L'outrecuidance des ennemis augmenta en proportion de cette attitude faible et inerte. En peu d'années la position avait beaucoup empiré. Le sens pratique de toutes les phrases rassurantes dont le synode avait fait usage, sautait aux yeux. Il y avait connivence et même faveur envers les opinions rationalistes les plus avancées. M. Scholten, dont les opinions hétérodoxes, alors déjà, n'étaient pas inconnues ou douteuses, avait été appelé à Leide. A Utrecht l'enseignement de la philosophie, obligatoire pour les étudiants en théologie, était confié à M. Opzoomer, dont alors déjà une revue scientifique85 résumait ainsi l'opinion sur le christianisme: `Jésus n'est pas le seul chemin pour venir à Dieu. Il est contradictoire de dire que Dieu habite dans l'humanité de Jésus, plus que dans celle de tout autre homme, et que cependant il remplit le ciel et la terre. Philosophiquement on ne saurait maintenir l'impeccabilité de Jésus. Prier, pour demander, est une absurdité. Le miracle est impossible.'86

Par un inconcevable abus des dispositions favorables du roi87 à l'égard de l'enseignement privé88, l'éducation chrétienne menaçait de devenir impossible même dans le cercle restreint des institutions particulières. Enfin l'application des articles du Code pénal contre les associations non‑autorisées continuait contre les dissidents. Plusieurs émigraient en Amérique et une dame agée et avantageusement connue par sa libéralité chrétienne89, ayant demandé à être liberée de poursuites judiciaires, pour cause de réunion de plus de vingt personnes, venait de recevoir une réponse négative des ministres de la Justice90 et du Culte Réformé91, considérant que la réclamante aurait pu se procurer une édification religieuse appropriée à ses besoins subjectifs, sans scandaliser personne et sans violer aucune loi, vu que rien ne l'empêchait de célébrer le culte divin pour elle et sa famille dans l'enceinte de sa maison.

On en était là. Eh bien, mes amis, disais‑je, est‑ce assez encourager le mal par notre inertie et notre insouciance? Comme membres de l'église, n'avons‑nous rien à faire? Les membres fidèles doivent‑ils patienter et attendre jusqu'à ce qu'enfin, à l'aide d'une organisation purement réglementaire, ils soyent, au nom de la tranquillité et de la tolérance, chassés de l'église par les ennemis de sa foi?

Alors, en 1847, je tâchai d'exposer notre système dans un ouvrage spécial sur le droit de la communauté Réformée.92 Dès l'entrée j'eus soin d'écarter toute possibilité de malentendu involontaire. Oui la Parole de Dieu règle unique et suprême de la foi. Oui le symbole preuve et non plus fondement de la doctrine. Oui il faut arriver, à travers de nouvelles crises, à un symbole nouveau. Oui il faut avancer. Oui il faut tenir compte des nécessités de l'époque. Oui il faut procéder par voie de guérison. Oui, il faut se garder de compliquer les crises religieuses par des arrière‑pensées politiques. Oui, il faut tendre à l'unité dans la diversité et saluer partout les traces de la sainte église universelle.

Mais il faut, en même temps, se rappeler que la soumission à la Parole de Dieu ne doit pas servir de prétexte pour introduire dans l'église établie toutes les erreurs. Que l'église a et confesse une foi; que l'église Réformée est la totalité de ceux qui acceptent de coeur sa doctrine en la confessant de la bouche; que la conformité de cette foi aux Saintes Ecritures ne saurait y être problématique, y devenir un sujet de controverse, y dépendre de l'adhésion de ses ennemis déclarés; que la revision des formulaires doit avoir lieu d'après la bible et par voie ecclésiastique: c'est à dire avec le concours des membres de l'église qui désirent bâtir sur la même base et non la renverser; et que la disposition à répondre aux contradicteurs de la doctrine, seulement avec la bible, hors de l'église, se concilie parfaitement avec le refus d'entamer dans l'église une discussion évidemment déplacée sur les points fondamentaux de sa doctrine; et que la charité chrétienne envers tous ne libère pas du devoir de défendre l'église contre ceux qui par leurs prétentions illégitimes, y causent la plus déplorable confusion. L'église n'est pas une académie où on est à la recherche d'un Dieu inconnu93 et d'une doctrine enveloppée dans un nuage; elle est une communauté de culte divin, qui n'existe que par l'unité de croyances et, si tout symbole est répudié, même selon les croyants, il y a un changement complet de rapports entre l'église et l'état et toute plainte basée sur le droit ecclésiastique de sa foi doit immédiatement cesser. Si dans l'église rien n'est constaté quant au contenu de la bible, il ne saurait plus être question d'hérésies; l'etat surtout, incapable de se mêler des discussions théologiques, doit s'en tenir à l'organisation extérieure et on serait souverainement injuste envers l'Antichrist lui‑même, en voulant l'expulser de l'église, au lieu de l'amener à conviction et à repentance. Ne vouloir dans l'église d'autre règle d'enseignement que la bible, c'est à dire ce que chacun pour soi y trouve ou y met, c'est intrôniser le subjectivisme et l'individualisme sur les ruines de l'église.

Le symbole n'est pas supprimé. Le synode ne l'a point aboli et n'aurait pu l'abolir. Il est une des formes sous lesquelles l'unité de l'église chrétienne et la perpétuité de la foi se manifeste; de la foi immuable en son essence et qui s'affermit et s'enracine, à mesure qu'elle se développe. L'Esprit, selon la promesse94, a conduit l'église dans la vérité. Les symboles, en ralliant les fidèles, constatent les résultats des crises à travers lesquelles le christianisme a passé. Anneaux de la chaîne qui remonte aux temps apostoliques. Les superstitions accumulées du moyen âge ont été vaincues par la Réforme et l'ensemble des confessions de cette époque met en évidence le caractère évangélique de ce grand et salutaire réveil. Il nous siérait mal de dédaigner la nôtre. Mais nous ne voulons pas replacer l'église sous le joug d'un document suranné. C'est précisément parce que la foi auquel ce document rend témoignage revit dans les coeurs, c'est en rapport avec le Réveil, que nous faisons appel aux traditions et aux souvenirs de l'église. En vue de cette foi renaissante, il s'agit de briser le joug qui s'oppose à ses développements légitimes. Il s'agit, non pas d'asservir l'église, mais de la remettre en liberté. On n'impose pas le symbole pour faire renaître la foi, mais la foi ressuscitée, se légitimant par le témoignage du symbole, comme foi de l'église, rentre dans ses droits.

En effet l'existence et la nature de tous les droits, comme de tous les devoirs de l'église dépendent de cette question: L'église est‑elle évangélique ou réglementaire? Est‑t‑elle95, oui ou non, liée par une foi commune? Si l'on ne connaît de règle que la bible, nous sommes malvenus de nous plaindre d'un soidisant désordre qui n'est que l'ordre naturel. Rien de plus simple. Il ne doit pas exister le moindre privilège pour les résultats de l'exégèse orthodoxe; il y a parfaite égalité entre les opinions diverses; tout exclusisme emporte sa propre condamnation; quiconque résiste à ce pêle‑mêle universel, viole la loi fondamentale et la condition première de ce merveilleux accord; et le gouvernement tient compte des nécessités de la tranquillité publique et des règles du droit commun, lorsque, pour assurer la paix intérieure de l'église, il prête main forte contre les perturbateurs. Ceux qui s'en formalisent, doivent se taire ou se retirer. Mais si au contraire la foi des orthodoxes n'est autre que celle de l'église, il y a lieu de désapprouver la conduite du gouvernement qui prend parti pour ceux qui ne demeurent dans l'église que pour la ruiner.

Si la bible est la règle unique, si chacun à volonté se donne le titre de chrétien biblique, si ce fait accompli doit être considéré comme bien fait et comme irrévocable, il faut, au lieu de blâmer les Séparatistes, les imiter. Dans le cas contraire, nous poursuivrons la lutte, afin, selon l'issue, de nous associer à eux dans une église libre, ou de les voir revenir à nous dans une église régénérée. Si la bible est la règle unique, la bible d'après le sens particulier de chacun, rien n'autorise, dans la question de l'enseignement primaire, à demander un enseignement en réalité évangélique. Il faut se résigner à l'abandon de toute doctrine positive, sur ce terrain comme sur tout autre et se résigner à une instruction quelconque auquel il conviendra de donner le nom de chrétien. De même l'église n'a plus aucun motif de se scandaliser de la théologie universitaire. Elle est conforme à son image. Les opinions étant égales, ce n'est plus d'orthodoxie, c'est uniquement de science qu'il s'agit. La négation des principes est le caractère essentiel de la science désintéressée. Le scepticisme est et demeure inséparable de la recherche de la vérité. L'église ne saurait alors combattre Rome que par le doute et la licence, décorée du nom de liberté. A ceux qui inclineraient à quitter Rome, on n'aurait qu'une Babel96 à offrir.

Resaisissez la foi de l'église, et c'est alors que vous aurez pour votre activité chrétienne, dans toutes les sphères, un point d'appui. Dans l'oeuvre des missions, est‑ce par un christianisme réduit aux proportions d'une philosophie humanitaire, que vous prétendez convertir les payens? Dans la lutte contre le paupérisme, est‑ce l'évangile apostolique ou l'orthodoxie moderne qui viendra opérer les miracles de la charité? Est‑ce l'évangile historique ou légendaire dont une société régénérée sera le fruit? Et quant aux intérêts de la patrie, tout espèce d'évangile serait‑il peut‑être également propre à assurer la félicité des peuples et la stabilité des états[?]

Telle était ma réponse à la question: y‑a‑t‑il un droit de l'église Réformée des Pays‑Bas, dont sa foi historique est la base et qu'il s'agit de maintenir et de faire prévaloir, par l'application ferme et modérée aux besoins et aux circonstances de notre époque? Question vitale qui embrassait et embrasse encore l'avenir entier de mon pays.


V. En août 1848 nous eûmes une assemblée d'un caractère exceptionnel: une espèce de Kirchentag, à Amsterdam. L'organisation de l'église était à l'ordre du jour. De tous côtés on demandait le retour à des formes plus démocratiques et presbytériennes; mais en religion comme en politique, on n'avait que la constitution extérieure en vue; les principes, les dogmes étaient mis en oubli, ou plutôt le but d'une réorganisation était de consolider le triomphe des principes et des dogmes nouveaux.

Nous aussi, nous aspirions à un retour vers l'église presbytérienne, mais pas uniquement, pas en premier lieu, par l'attachement à la forme, mais surtout en vue de la foi. Très‑importante en elle‑même, la question, dans son importance relative, nous semblait très‑secondaire. Il fallait absolument constater clairement cette différence. Cum duo faciunt idem, non est idem.97 Il fallait montrer qu'il n'y avait, malgré l'alliance apparente, aucune communauté de but ou de principe et que, loin de vouloir un renversement radical, nous tendions à une réforme évangélique. Surtout il fallait profiter de cette occasion pour rallier nos amis autour d'une déclaration de principes qui fournirait un point de départ pour travailler au rétablissement de l'église sur le fondement de sa foi.

Dans une réunion préparatoire une commission fut nommée de trois pasteurs, Heldring, Secrétan, van Toorenenbergen, et de quatres laïques, Capadose, Da Costa, Mackay et moi. A Amsterdam le 18 août 33 pasteurs et un nombre assez considérable de laïques répondirent à notre appel. Après une délibération fraternelle, la déclaration que nous avions proposée98, fut adoptée unanimement. Soumission complète au Chef de l'église qui la maintient et gouverne par sa Parole et par son Esprit, est le fondement de tout ce qui, dans une organisation ecclésiastique, nous semble indispensable quant à sa doctrine, à son autonomie et à la liberté de ses membres.

Quant à la doctrine, la Parole de Dieu fait connaître un fondement inébranlable; des dogmes à la fois anciens et nouveaux, vu que ce sont des vérités éternelles; une foi qui a été une fois donnée aux saints99 et qui par conséquent est capable d'un développement continuel et intrinsèque, mais ne saurait jamais changer ni vieillir. Une organisation ecclésiastique est inacceptable, lorsqu'elle ne reconnaît pas dans l'église chrétienne cette perpétuité de la foi et n'a pas en vue la continuité de l'église historique dans son renouvellement et dans son progrès: renouvellement en conservant le fondement immuable; progrès dans la direction indiquée et définie par le point de départ et par le chemin déjà parcouru.

La liberté d'enseignement illimitée dans l'église Réformée des Pays‑Bas équivaut à sa dissolution. Son existence est inséparable du maintien des vérités qui ont de tout temps fait la base de l'église chrétienne, c'est sa subordination caractéristique; la liberté chrétienne et la science chrétienne n'existent qu'à cette condition. La doctrine de l'église Réformée des Pays‑Bas, grâces à son histoire et à sa confession, est de notoriété publique; donc ses membres sont autorisés à demander la profession et le maintien des vérités caractéristiques dont la négation lui est mortelle, comme église Réformée, protestante, chrétienne. Le maintien de cette doctrine indubitablement à elle doit être mise en première ligne, et nous protestons par avance contre toute modification qui tendrait à légaliser la licence qui existe de fait.

Quant à l'autonomie de l'église, la Parole de Dieu n'admet à l'égard de l'église, dans sa propre sphère, aucune autorité des pouvoirs temporels. C'est pourquoi les membres de l'église, afin d'y échapper aspirent à un changement complet de l'organisation de 1816, où ce principe est entièrement perdu de vue, en conférant au gouvernement un droit d'intervention et de décision tout‑à‑fait incompatible avec cette indépendance. Sous toute forme de gouvernement une église doit être libre quant à la foi, spécialement dans l'enseignement et le choix de ses pasteurs et dans l'éducation et l'instruction; mais là où l'état ne professe aucune religion, ses rapports avec les églises doivent se régler d'après les principes du droit commun. De sorte que l'église Réformée des Pays‑Bas peut et doit réclamer l'indépendance si gravement méconnue et par l'organisation ecclésiastique de 1816 et par les règlements sur l'enseignement académique et primaire; et généralement la protection, conformément à ses traits caractéristiques, à laquelle toute corporation, donc aussi cette église a incontestablement un droit social.

Quant à la liberté intérieure de l'église, la Parole de Dieu, en prescrivant la nomination d'anciens et de diacres, fait mention de l'approbation de l'assemblée et de toute l'église et défend d'exercer domination sur les héritages du Seigneur.100 Donc les membres de l'église Réformée des Pays‑Bas sont tenus de demander l'abolition de la forme actuelle aristocratique ou oligarchique, imposée par le pouvoir temporel, également contraire aux prescriptions de la bible et aux souvenirs presbytériens et à l'aide de laquelle on a, sous de vaines apparences de représentation, conféré à un très petit nombre de personnes une omnipotence révolutionnaire, tendant à étouffer toute force vitale, à favoriser les erreurs et à opprimer la partie fidèle des troupeaux. En rédigeant une organisation nouvelle, il n'est pas permis de méconnaître plus longtemps encore l'égalité des croyants, sous le seul Roi de l'église, et le droit des communautés de participer à l'élection de leurs anciens et de leurs pasteurs.

Se concerter sur le terrain de l'église à l'égard de tout ce qui, dans l'état normal de la communauté religieuse, est de son ressort, enseignement supérieur et primaire, paupérisme, oeuvre missionnaire, etc., est un devoir qu'on a beaucoup trop longtemps négligé, au grand détriment de l'église, et dont l'importance, dans ces jours de troubles, se fait sentir avec une animation100a d'autant plus vive de responsabilité.

Tel était le résumé de nos principes, l'indication de nos voeux, de notre ligne de conduite. Nous agissions absolument dans le même esprit que nos frères en France et en Allemagne, à la même époque, en août101 au synode des églises Réformées à Paris, en septembre au Kirchentag à Wittemberg.102 M. Adolphe Monod disait: `Le témoignage que d'autres rendent en se retirant de l'Eglise, je me croirai obligé de le rendre au dedans en protestant contre le désordre de l'Eglise en chaire et ailleurs. Je croirai devoir me joindre à une déclaration de foi, faite par les membres de la minorité, et qui les lierait entr'eux pour l'avenir. Loin d'être une vaine protestation, comme on l'a dit, cette déclaration serait très‑importante et pourrait devenir le germe de l'Eglise améliorée.'103 A Wittemberg étaient réunis les illustrations de l'orthodoxie dans ses nuances les plus diverses: Nit[z]sch et Hengstenberg, Bethman[n]‑Hollweg et Stahl, Göschel, Von Gerlach104, Sartorius, Twesten, Ball, Krummacher, Wichern. Il y avait entre leur position prise dans un esprit de catholicité évangélique et la notre une homogénéité parfaite. Dimidium facti qui bene coepit habet.105 Toutefois il ne fallait pas oublier que la tâche n'était pas achevée, mais commencée. La déclaration était un germe; un point d'appui pour se réunir et se concerter dans chaque église particulière et pour déclarer hautement, en face de consistoires infidèles et à l'ouie de la communauté entière que l'acceptation de la doctrine demeure le lien ecclésiastique; que cette condition domine tout le reste: qu'il ne s'agit pas de choses secondaires, mais des vérités capitales et que la communauté a un droit acquis et incontestable à la prédication exclusive de cette doctrine du salut. Chez nous, comme en Allemagne, il s'agissait à l'aide de conférences pastorales et de réunions libres de chrétiens de couvrir le pays d'un réseau d'associations évangéliques, travaillant dans le même esprit et ayant dans une assemblée générale un point central.

A la Haye nous en fîmes l'essai. Après avoir publié un compte‑rendu de l'assemblée du 18 août106, nous en donnâmes connaissance au consistoire de la Haye dans un écrit spécial107, où nous fîmes l'exposé des motifs et des conséquences de notre démarche, en tâchant de faire sentir aux membres du c[onsistoire] leur responsabilité et la nôtre. Cette pièce fut débattue dans une réunion que nous avions convoquée ad hoc108 et signée par la presque totalité des assistants. Mais le nombre n'était pas grand et surtout pas beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles.109

L'affaire n'eut pas d'autres résultats. L'irritation des adversaires fut extrême, surtout celle du parti conservateur modéré. Du reste nos amis retombèrent dans la routine accoutumée: déplorant la situation de l'église, la considérant comme désespérée, travaillant en dehors d'elle à l'avancement du règne de Dieu, se résignant et s'habituant presque à l'injustice et au désordre, comme à un état normal et régulier. Verba et voces praetereaque nihil.110 Et cependant un de nos adversaires, homme capable et consciencieux, avait pressenti ce que notre tentative aurait pu devenir: `Je considère', écrivait‑il, `l'événement du 18 août comme un fait de la plus haute importance dans l'histoire contemporaine de l'église et nous le saluons comme un signe de réveil de la vie ecclésiastique.'111

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