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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI

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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI



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VI. La question des formulaires n'en était plus une entre les amis chrétiens. Le malentendu de 1842 avait disparu. M. da Costa avait signé l'adresse112 dont les passages relatifs à la foi historique de l'église, comme base permanente, correspondaient exactement à l'idée‑mère de notre démarche auprès du synode.113 Il s'agissait maintenant de réaliser la pensée adoptée en commun et de pratiquer les maximes que nous venons d'énoncer. Mais nous fîmes bientôt la triste expérience que des habitudes invétérées ne sont pas faciles à déraciner. Abandonnant l'église à son malheureux sort, l'activité chrétienne venait s'absorber dans des travaux individuels. La ruine de l'église historique devenait ainsi, par le zèle mal dirigé de ses amis, non moins que par l'ardeur de ses antagonistes, inévitable.

Un laïque, distingué par ses talents et sa clairvoyance, un chrétien qui par sa piété, sa sagesse évangélique et son caractère ferme et énergique, semble nous reporter aux temps des puritains et des réformateurs et qui, sans avoir reçu une éducation savante, s'est montré à la hauteur des questions les plus importantes pour l'église et l'état, M. Wormser, signala de nouveau le péril dans un écrit extrêmement remarquable et beaucoup trop peu remarqué: Sur la tendance à dédaigner l'église qui se manifeste chez beaucoup de chrétiens.114 Le but était de ramener l'activité chrétienne sur le terrain de l'église. L'église est l'assemblage des fidèles, unis par la foi aux mêmes vérités et agissant de concert pour l'avancement du règne de Dieu. Sa foi est le drapeau qui rallie et qui écarte; elle est plus encore: elle est le principe de vie dont les membres de ce corps sont animés. L'église se manifeste dans des églises particulières, distinctes, sans être opposées; c'est le champ de travail qui est spécialement assigné. Rien de mieux qu'une Alliance Evangélique pour traiter des intérêts généraux, pour se raffermir et s'encourager dans les mêmes convictions et au milieu des mêmes difficultés; mais il s'agit de lutter chacun dans son église, à son poste, pour la vérité commune à toutes; il ne faut pas abandonner les églises, il faut les vivifier. Pour les églises comme pour les individus, l'individualité n'est pas un obstacle, mais un acheminement à la communion des saints. C'est comme membre de l'église qu'on professe et qu'on pratique sa foi. C'est dans le concert des fidèles pour les oeuvres chrétiennes que l'église doit manifester sa vie, son influence, sa force. L'individualisme affaiblit l'église et les fidèles en les isolant.

Vous ne vous souciez pas de l'église; vous vous réunissez comme enfants de Dieu, sans vous rendre compte de votre foi. Eh bien, voici les conséquences de votre séparatisme pratique. Vos oeuvres auront, comparativement à ce qu'elles pourraient devenir, peu d'efficacité et de durée. Ce sont des travaux individuels sans garantie. Vous vous faites illusion, parce qu'en ce moment la foi des fondateurs coïncide avec celle de l'église universelle, aussi de l'église Réformée des Pays‑Bas. Mais les individus avec leur foi subjective passent et transmettent à des individus d'une foi quelconque des institutions dont l'origine même est venue proclamer qu'une église avec sa foi est tout au moins superflue. En coopérant ainsi à des oeuvres ephémères vous contribuez à ruiner l'église, en venant lui enlever, lui soutirer les sucs les plus vivifiants. Vous affaiblissez les fidèles, vous les désarmez, en rabaissant leur foi, la foi de l'église de tous les lieux et de tous les âges, au niveau d'une opinion individuelle quelconque. Vous imitez ainsi le monde qui ne voit dans l'église que sa forme, son organisation réglementaire. Vous répudiez en bloc l'héritage de dix‑huit siècles et le travail des générations passées. Vous étalez complaisamment les plaies de l'église et vous oubliez que c'est dans sa foi que réside le véritable remède à ses tristes maux. Enfin vous abandonnez l'église à l'influence de ses ennemis et c'est ainsi que, en grande partie par votre faute, elle devient l'instrument du rationalisme et de l'infidélité.115

La coopération des fidèles de communions différentes ne doit jamais tendre à favoriser l'individualisme et le subjectivisme, à dissoudre l'église dans ses manifestations diverses et à la faire disparaître dans le monde; en mettant de côté tout lien ecclésiastique, en n'ayant aucun rapport positif avec l'église, comme point d'appui de son activité, en se livrant ainsi à une tendance séparée, elle méconnaît l'église de Christ que le Seigneur a plantée dans les Pays‑Bas et qui s'est formée et développée excellemment dans l'église Réformée; en favorisant un christianisme en dehors de l'église, elle contribue au dépérissement des communautés existantes; en se plaçant sur le terrain du subjectivisme avec les ennemis de la vérité chrétienne, elle leur procure par là même un grand avantage; et, en laissant l'église organisée à la disposition de ses antagonistes, elle amène sa dégénération la plus complète et enlève à la coopération des fidèles toute chance d'avenir. L'église n'est extérieurement qu'une forme sans doute, mais une forme indispensable. Quand les fidèles en méconnaissent la nécessité, quand ils la dédaignent avec tous ses souvenirs et tous ses avantages, quand de plus en plus et de propos délibéré quelquefois ils la délaissent, l'incrédulité s'en empare. Alors cette forme qui devait être l'enveloppe de la vérité et le moyen de la maintenir et de la propager, devient l'arme la plus dangereuse pour la combattre et la détruire et un moyen efficace pour propager l'erreur, qui dès lors entre en pleine jouissance de toutes les prérogatives de la vérité. Je rends justice aux intentions et au zèle évangélique de mes frères, mais en même temps j'avoue que l'éclat de leur activité, si la tendance chrétienne ne s'allie pas à un caractère ecclésiastique, ne saurait me tranquilliser quant à l'avenir ténébreux vers lequel, aussi par leur faute, marchent dans ma patrie l'église et le christianisme.116


VII. Cette exposition lumineuse n'eut guère de résultats. Les avertissements les plus sérieux demeuraient inutiles. Insouciance des intérêts de l'église, ou du moins inertie. On se plaignait, on s'indignait à la vue des prétentions et des démarches de plus en plus audacieuses du parti rationaliste; mais on se bornait à des vains murmures. La philanthropie chrétienne continuait à s'exercer dans la même voie. On semblait trouver dans un redoublement de zèle une excuse pour la négligence des devoirs envers l'église. Des erreurs dans la pratique tendent toujours à se systématiser dans une fausse théorie. On ne vit dans l'église qu'une véritable Babel.117 Ce n'est pas tout. On se jetta dans tous les écarts du séparatisme, du donatisme, du darbysme. On s'éleva contre les églises de multitude, contre toute confession de foi, contre l'importance du dogme; on dénatura le Réveil.

Les écrits de M. Vinet ont‑ils exercé, ainsi que plusieurs ont prétendu, une grande influence pour pousser chez nous les esprits dans cette voie? Peut‑être; parce que, à moins de saisir l'ensemble de ses convictions, l'unité qui concilie, en partie du moins, les contradictions apparentes, chacun presque peut y trouver des pages, sinon à son adresse, du moins à son usage et à sa convenance. On s'est autorisé des opinions de Vinet; et l'on a oublié, qu'en voulant la séparation de l'église et de l'état, il veut dans l'église libre l'unité de doctrine et qu'en faisant sentir les avantages de l'individualité, ce n'est pas pour favoriser, mais pour combattre l'individualisme; ce n'est pas pour lui livrer la société, mais pour la mettre en état de lui résister.

Les conséquences de ces doctrines désorganisatrices furent déplorables. L'incrédulité devint maitresse de l'église et de l'état. Les deux sphères étaient parfaitement accord. L'indifférentisme politique se conciliait admirablement avec le syncrétisme religieux. Dans les assemblées politiques, dans les Etats‑Généraux, nos efforts étaient ainsi frappés d'impuissance. Au nom de l'église nous défendions ses intérêts les plus sacrés. Et ce n'était pas une fiction. L'église historique était vivante dans une partie considérable de la population. Mais elle était enchainée, bâillonnée; elle n'avait pas d'organes légaux. On ne la voyait plus, ou l'on prétendait du moins ne plus la voir, presque écrasée sous le joug d'une légalité usurpatrice. On s'empressait d'étouffer sa voix, ou l'on restait sourd à ses cris de détresse.

Et toutefois son émancipation, même ainsi, n'eût pas été impossible et peut‑être même n'eût pas été fort difficile. Ce qui rendait son état désespéré, c'est qu'elle était abandonnée par ses défenseurs naturels; c'est que ceux qui auraient du donner l'élan, s'étudiaient à réprimer tout essor. De cette manière l'homme politique, prenant la défense des droits très‑réels de l'église, quant à sa doctrine et à ses intérêts spirituels, semblait sous l'empire d'une illusion et sa voix ne pouvait être que l'expression de ses vues individuelles en désaccord avec l'opinion publique de l'élite de la société même chrétienne: vox clamans in deserto.118


VIII. A quelles causes faut‑il attribuer un si singulier phénomène? Le Réveil, en principe, était dogmatique, était ecclésiastique en même temps que biblique et spirituel. On ne songeait pas encore à séparer, on n'imaginait pas même la séparation possible, là où l'unité est essentielle et nécessaire. On voulait le fonds et la forme. Comment donc cet abandon pratique des intérêts de l'église? Ce dédain, cette indifférence, cette inertie? Cette tendance à ne voir dans le pasteur que le prédicateur, le frère, mais à ne plus respecter en lui le conducteur et le ministre?

Parmi ces causes il faut surtout aussi compter que la nature de l'église et la position, la mission, les droits et les devoirs des ministres envers leurs troupeaux et envers le corps de l'église étaient mis plus ou moins en oubli par les pasteurs même fidèles dans leur prédication. Certainement il y a eu, surtout avant 1842, à diverses reprises des protestations sérieuses de pasteurs orthodoxes, mais en général ils se sont abstenus et résignés.

La Dissidence fut vivement condamnée. Mais à côté de l'inopportunité de la mesure, on ne rendit pas assez justice à la légitimité du motif. On avait raison de désapprouver leur démarche précipitée, mais on avait grand tort de ne pas imiter leur fidélité. Demeurer dans l'église, ne pas se priver de ses avantages; ne pas s'imposer inutilement des sacrifices, c'était fort bien en effet; c'était en outre assez facile. Mais il ne fallait pas négliger ce qui était moins facile: se rappeler que rester dans l'église et y rester, malgré sa situation déplorable, en paix, c'était évidemment manquer à ses devoirs et consolider un état de choses contre lequel il fallait vigoureusement lutter. Le but devait être de briser l'union fausse, factice, fatale, par le développement de la vie spirituelle et d'arriver ainsi, par l'église soit libre soit régénérée à une véritable réforme. Il fallait rallier les fidèles autour de leur drapeau. On ne l'essaya point. On s'accoutuma à vivre avec l'ennemi en paix; dans un accord presque fraternel. Au lieu de se rendre intolérable, on devint très‑tolérable. Orthodoxes et rationalistes vécurent en de fort bons rapports ecclésiastiques. Cette tolérance mutuelle, indéfinie, illimitée et perdant de plus en plus le caractère d'armistice, d'arrangement provisoire, fut bientôt à l'ordre du jour. Au nom de la charité évangélique on se complut dans une tolérance qui ne tenait plus aucun compte des droits de la vérité.

On se tranquillisait par les raisonnements les plus singuliers. C'est ainsi qu'en somme on ne croyait avoir de devoirs réels et impérieux qu'envers sa paroisse. On ne se souciait guères de l'église en général. Se mêler de ses intérêts collectifs c'était pour le simple pasteur affaire de curiosité et de luxe; ayant soin de sa propre église, il n'avait guère à s'inquiéter des dangers des autres. Oubliant ainsi que l'église est à la paroisse ce que la patrie est à la famille; ne tenant aucun compte des rapports mutuels et de l'unité collective des paroisses; indifférent à l'intérêt du corps dont elles sont les membres et, qui plus est, inattentif à ce qui doit surtout être remarqué: `L'Eglise est, à l'égard et en face du monde, le dépositaire ou le dépôt même de certains principes, pour l'application desquels chaque paroisse a été fondée. L'Eglise est proprement l'Evangile sur la terre, Jésus‑Christ parmi les hommes, l'Esprit‑Saint, gouvernant et liant les fidèles. C'est là ce qui caractérise et définit l'Eglise, ce qui en épuise la notion, et ce qui fait d'une paroisse une Eglise. Une paroisse n'est digne du nom d'Eglise que sauf la reconnaissance et le maintien des principes en vertu desquels et par lesquels subsiste l'Eglise elle‑même.'119

Il y avait une forte dose d'esprit clérical. L'intervention des laïques dans les questions ecclésiastiques semblait excusable à cause de l'état exceptionnel d'une église dégénérée, un mal nécessaire, un remède dangereux; elle n'était pas considérée et appréciée comme condition indispensable d'un ordre régulier. Malgré leur insuffisance évidente à pourvoir aux besoins spirituels du troupeau, les pasteurs, loin de désirer la coopération des laïques, redoutaient en général et n'acceptaient qu'à contrecoeur pareil concours. On craignait leur prépondérance; on craignait surtout aussi que leur zèle excessif et leur orthodoxie stationnaire et soupçonneux ne vinssent gêner la liberté nécessaire au théologien.

Les pasteurs se laissaient entraîner par le subjectivisme. Même en déplorant les progrès de l'incrédulité, on se faisait scrupule de mettre des bornes à la liberté d'examen; on s'obstinait à ne pas saisir la distinction si simple entre la liberté en dehors et au dedans de l'église. On ne voulait pas comprendre que la liberté de conscience et de culte la plus illimitée se combine parfaitement avec le droit et la liberté de chaque église particulière de ne pas admettre dans son enceinte ceux qu'elle estime être ennemis de sa foi. On s'habituait à méconnaitre le premier caractère de la foi, d'être une science certaine; l'on se disait: telle est ma conviction, mais ne se pourrait‑il pas que moi chétif, intelligence faible et bornée, je fusse dans l'erreur?

Le pasteur croyait avoir rempli sa tâche, en prêchant la vérité, en réfutant l'erreur; mais sans faire prévaloir les droits de la vérité, base de l'église, dans ses conséquences pratiques. En transportant ainsi sur le terrain de l'église des discussions qui appartenaient à une sphère différente, en suivant cette voie, sans en faire usage comme d'un acheminement vers une scission nécessaire, on fortifiait le parti latitudinariste, qui admet toutes les opinions, pourvu qu'elles se résignent à prendre place dans le pêle‑mêle universel.
IX. N'y avait‑il pas de pasteurs qui s'indignassent d'une confusion si déplorable? Qui eussent le sentiment de la nécessité d'une discipline, de l'indispensabilité d'une doctrine quelconque, de l'absurdité d'une société religieuse dépourvue de tout fondement religieux. Oui, sans doute, il y en avait et même en assez grand nombre. Aussi y eut‑il de temps en temps des réunions de ministres orthodoxes, mais qui malheureusement n'aboutirent d'ordinaire qu'à des conversations édifiantes et à des rapprochements fraternels, sans exercer la moindre influence sur les intérêts de l'église. C'était, disait‑on, parce que les membres, en grande partie, appartenaient à une époque passée, vieillards de bonne volonté, mais qui n'étaient pas à la hauteur des circonstances. Plusieurs aussi, traditionnels et stationnaires, ne connaissaient de théologie que celle de leurs livres symboliques et n'avaient aucune idée des progrès de la science et de la largeur évangélique du Réveil. Comment dès lors s'entendre? Comment, à travers de malentendus perpétuels et inévitables, agir avec ensemble et concert?

Cette inertie forcée était d'autant plus à regretter, parce qu'il y avait un certain nombre de pasteurs, jeunes encore ou dans la force de l'âge, distingués également par leur piété, leur attachement aux vérités fondamentales des églises de la Réforme et leur participation au développement des études scientifiques en théologie et en philosophie. Nos amis, nos frères, dont la coopération nous avait souvent soutenus et encouragés dans nos luttes et avec lesquels nous avions toujours été d'accord à vouloir l'inflexibilité des principes et la flexibilité dans l'application.

Pourquoi ne pas s'entendre entr'eux, s'unir, se concerter? Prendre la cause de l'église en main, rallier pasteurs et laïques autour des vérités centrales de l'évangile, faire ce que le synode néglige, former ainsi, avec l'assentiment général, le conseil de l'église réveillée, pour la gestion de ses intérêts spirituels, préparer ainsi, par le développement d'un germe efficace, le rétablissement de l'église sur ses antiques et immuables fondements?120
[Chap.] IV Ernst en vrede
. . . et surtout de ses pasteurs, on doit convenir qu'une grande part de responsabilité pèse sur le clergé. Pourquoi en effet jugeoit‑on l'état de l'église irrémédiable?121 Parce que ceux qui plus spécialement avoient mission d'y rapporter remède, non seulement n'en faisoient rien, mais même sembloient ne pas se douter de leur devoir122; non seulement ne mettoient pas la main à l'oeuvre, mais faisoient percer leur mécontentement des tentatives des laïques et considérèrent ceux qui osoient se plaindre, comme des gens emportés par un zèle inconsidéré, par un dogmatisme exagéré, et qui devenoient ainsi dans l'église de véritables perturbateurs du repos public. On123 espéroit de voir ici quelque chose de semblable à ce qui s'est passé dans le pays de Vaud124 et en Ecosse125, à ce qui s'est passé toujours et partout où, au milieu de tendances incrédules, il y avoit encore un résidu de vie et d'indignation évangéliques.

Y‑a‑t‑il lieu de s'étonner si après s'être vainement flatté durant tant d'années que les pasteurs fidèles donneroient l'exemple et le signal de la résistance, après avoir fait la triste expérience que la plupart même des ministres orthodoxes étoient antipathiques à des efforts de ce genre, beaucoup de personnes considérèrent désormais tout espoir chimérique, se rioient presque de la persévérance incorrigible de ceux qui faisoient encore valoir les principes et les avantages de l'unité ecclésiastique et laissoient dans leur esprit un libre accès à des doctrines d'après lesquelles l'église disparoit pour faire place à l'individu?

Néanmoins il y avoit des ministres, bien qu'en petit nombre, qui sentoient l'obligation de réclamer, de se concerter, de prendre position dans l'église, de remédier à la négligence des autorités ecclésiastiques, de former un centre, un noyau autour duquel on pût rallier les fidèles, et de préparer ainsi un meilleur avenir.
III. En 1853126 ce voeu parut se réaliser. Un événement remarquable eut lieu. Il s'étoit formé une société de pasteurs décidément évangéliques, ayant pour but de s'occuper sérieusement des intérêts de l'église Réformée. Elle eut ses assemblées semestrielles et une revue paroissant tous les deux mois. Sa devise fut Ernst en vrede; elle qualifia sa tendance de ethisch‑irenische rigting, donnant ainsi à entendre qu'elle aspiroit à une véritable paix de l'église par la force morale de la vérité. Je saluai cette apparition avec joie. Je m'obstinais à y voir le germe d'une église régénérée. Réunissant des hommes éminents par leur piété, leurs talents, leur savoir, leur éloquence et leur crédit populaires, elle alloit prendre l'initiative et guider avec l'autorité de leur ministère nos communs efforts dans une voie vraiment évangélique. Rien de mieux fondé, me semblait‑il, que cet espoir. Déjà, en passant en revue les personnes dont la réunion étoit composée et celles qu'elle invita à se joindre à elle, on ne pouvoit guères douter de trouver en elle un guide et un soutien. La plupart des membres127 étoient nos amis, avoient combattu avec nous; ou du moins approuvé, encouragé nos efforts. Quelques‑uns avoient signé la déclaration de 1848128; plusieurs avoient assisté à nos conférences d'Amsterdam; M. Doedes, M. van Oosterzee, surtout M. van Rhijn avoient dans des opuscules remarquables, manifesté leur conformité de principes avec les nôtres. Tous étoient censés appartenir au parti orthodoxe. M. Chantepie de la Saussaye, à qui la rédaction de la revue étoit particulièrement confiée, s'étoit prononcé fortement sur la nécessité et le devoir pour le pasteur de combattre le mensonge et l'erreur dans la sphère religieuse et politique. Il avoit adhéré en ceci à M. van Rhijn et mis en évidence l'idée fondamentale du système anti‑révolutionnaire. Ce fut lui qui, en 1853, l'exprima dans toute sa simplicité et dans toute son énergie ainsi: `Par la Révolution nous entendons non pas un événement historique, mais l'esprit qui nie toute autorité (2 Thess. 2, 4) et qui, bien qu'il ait de tout temps existé et qu'il ait éclaté souvent, est apparu pour la première fois dans la révolution françoise et ses conséquences, comme un principe dominant de l'histoire universelle.'129

Si nous avions pu douter de notre accord, le programme de la revue en janvier 1854130 eut dissipé toutes nos craintes. En précisant ses rapports avec le parti confessionnel et juridique, elle n'eut que des éloges à lui donner, subordonnés, il est vrai à une condition, mais condition à laquelle notre assentiment ne pouvoit être douteux, puisqu'elle ne consistoit qu'à admettre ce que nous avions nous‑mêmes toujours mis en avant: `Ce point de vue', disoit la revue, `et nous comptons ici sur l'adhésion de ses plus zélés défenseurs, doit être subordonné au nôtre. Même nous osons affirmer que son droit est fondé sur lui. Le droit n'est droit que pour autant qu'il est moral.'131

Après ce préambule on faisoit notre apologie, on exprimoit sur l'autorité des confessions de foi en général et spécialement de celle de l'église des Pays‑Bas des opinions parfaitement conformes à la nôtre. `Les reproches de mettre la lettre au lieu de l'esprit, la loi au lieu de l'évangile, le droit au lieu de la charité, ne proviennent que d'une confusion d'idées. Il ne s'agit pas de l'église invisible et de la communion des saints. Il s'agit de savoir comment cette communion se manifeste, comment cette église devient visible, quelles sont les conditions essentielles d'une communauté ecclésiastique. C'est, selon nous, la doctrine, la vérité formulée et rendue évidente à l'intelligence. A quoi reconnoitrons‑nous une église, une institution pour célébrer un culte en commun et pour propager la vérité, si l'on n'y trouve pas unité de convictions sur l'objet du culte et l'essence de la vérité. On ne sauroit se soustraire à la nécessité d'une confession commune, si ce n'est en s'égarant dans les voies, soit de la hiérarchie, soit d'un spiritualisme outré; en cherchant l'unité, soit dans l'organisation extérieure qui aboutit au despotisme le plus intolérable, celui des règlements et des autorités ecclésiastiques, soit dans les qualités morales du coeur, dans la sincérité, dans la conversion et la vie spirituelle, toutes choses sur lesquelles il appartient à Dieu seul de prononcer. Mais il ne s'agit pas seulement de la nature de l'église en général; la situation historiquement donnée de l'église Réformée des Pays‑Bas prescrit le maintien de sa confession et c'est surtout à ce point de vue qu'au nom de la moralité, de la loyauté, de la bonne foi, nous protestons contre la liberté d'enseignement illimitée. Que cette église a manifesté son existence par sa confession, que cette confession a été son acte de naissance comme église distincte, que d'après cet acte elle s'est organisée, elle a résistée aux erreurs, elle s'est fortifiée et développée, voilà des faits incontestables. Il est également vrai que l'organisation nouvelle, celle de 1816, quelqu'ait été son origine, n'a pas abrogé la force obligatoire des formulaires, ni donné ou pu donner à l'église une autre base, que son symbole. La liberté d'enseignement qui existe de fait ne fonde pas un droit; les autorités ecclésiastiques sont, de droit divin et humain, les premières tenues de maintenir la doctrine de l'église, afin de ne pas laisser tomber l'église en dissolution, en rabaissant sa liturgie à des formes sans vie et en scandalisant la communauté, même par la confirmation solennelle de ses ministres.'132

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