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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI

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Studiën over de revolutie en over het staatsrecht VI



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Voyage à Genève. 1861.1

Ce n'est pas sans hésitations et scrupules que je me suis rendu à Genève, pour prendre part aux conférences de L'Alliance Evangélique. Il y a beaucoup de vérité dans les observations de plusieurs chrétiens distingués en Allemagne, particulièrement dans celles de M. Stahl, exprimées encore peu de temps avant sa mort dans son allocution aux pasteurs assemblées à Berlin.2 Toutefois il me semble que ces objections3 se rapportent surtout aux écarts de la pratique. La grande influence des dissidents anglais4, les attaques inconsidérées et violentes des Baptistes contre les églises nationales5 (attaques dont on se plaint vivement en Allemagne), les démonstrations plus ou moins politiques, l'hommage (car certainement c'en étoit un) rendu à Garibaldi, en lui présentant une bible6, et en général les sympathies d'un libéralisme souvent très‑prononcé, toutes ces choses fort regrettables sans doute ne sont pas inhérentes à l'Alliance Evangélique et plutôt en opposition avec ses principes. Et si l'Alliance Evangélique, conformément à son origine, se borne à réunir dans l'unité de la foi, les chrétiens protestants de dénominations diverses, pour rendre témoignage de l'accord dans la variété des opinions sur les points secondaires, à réunir les chrétiens de différents pays, dans l'amour fraternel et, tant que faire se pourra, dans quelque but pratique, indiqué soit par la vocation chrétienne en général, soit par les circonstances du moment, alors il est peut‑être du devoir du chrétien, qui peut le faire, de concourir à ce témoignage de foi, à cet effort d'activité commune. Quoiqu'il en soit, je suis allé à Genève et je n'ai pas lieu de m'en repentir. J'ai entendu bien des discours d'un haut intérêt. Je sais ce qu'on peut dire à cet égard: que tous ces discours et rapports seront imprimés; qu'on en jouira et en profitera bien mieux en les lisant dans le silence du cabinet, qu'en les écoutant, souvent mal placé, distrait, suffoqué presque par la chaleur de l'atmosphère et l'encombrement du local; surchargé d'ailleurs par la quantité de choses excellentes accumulées dans un court espace de temps, et auxquelles l'esprit, la mémoire et même les forces physiques ne sauroient suffire. Malgré cela, il est également vrai que l'effet de plusieurs discours a été relevé et doublé par l'éloquence de l'orateur et par l'émotion que causoit et le genre de la réunion en elle‑même et les lieux de réunion, avec leurs glorieux et solennels souvenirs. C'est ainsi, par exemple, qu'en lisant et en admirant le rapport de M. Merle d'Aubigné sur Le caractère de la Réformation et du Réformateur de Genève7, personne ne sauroit aisément se former une idée de ce qu'ajoutoient aux beautés de cette composition, et la figure imposante et la physionomie expressive, et le ton grave et énergique de l'orateur, et les réminiscences de cette magnifique église de Saint‑Pierre, où si souvent la voix de Calvin lui‑même avoit retenti. C'est ainsi qu'on ne sauroit rendre sur le papier l'entraînement causé par le beau talent de M. Rosseeuw de Saint‑Hilaire8, par la mâle éloquence de M. Naville9, par celle de M. Bauty10; bien moins encore peut‑être l'effet de paroles apparemment moins préméditées, mais qui, par leur simplicité même, et la personalité de celui qui les prononçoit, alloient également droit au coeur; comme par exemple celles de M. Germond père11, si connu par sa charité et par son dévouement à l'oeuvre des diaconesses et dont la voix, le ton, la physionomie sembloient indiquer une mesure exceptionnelle de douceur évangélique; celles aussi de M. Baggesen, lorsqu'il exprimoit la crainte que le réveil ne prit, de nos jours, chez plusieurs, une teinte trop aristocratique12, ou bien, lorsque, résumant ses voeux pour Genève, après avoir dit: que Genève demeure Genève; que Genève reste la Genève de Calvin, que Genève reste évangélique, il ajoutit: que Genève reste Suisse.13 De telles allusions assez fréquentes à l'ambition et au penchant annexioniste d'un voisin puissant, étoient avidement saisies par l'auditoire, évidemment en grande partie peu sympathique à la pensée napoléonnienne. Parfois il y a eu des moments saisissants, et qui ne sauroient être reproduits pour ceux qui n'y ont point assisté. Parmi ces moments il faut compter d'excellentes prières, celles surtout qui étoient le résultat spontané d'une circonstance particulière, d'un incident tout à fait inattendu; comme par exemple lorsque en apprenant les conséquences funestes de la guerre américaine pour l'oeuvre des missions, un des assistants14 implora avec ferveur le Seigneur de faire cesser, dans l'intérêt de la dissémination de l'évangile, cette lutte fratricide. Ou comme à la séance d'adieux un Russe15 recommanda son pays et son empereur16 aux sympathies des chrétiens, croyant ainsi remplir le mieux possible le devoir qui lui avoit imposé son serment à sa patrie et à son souverain. Il est vrai que l'immensité des sujets mis à l'ordre du jour étoit d'ordinaire tout à fait disproportionnée à la brièveté du temps accordé pour les traiter; que les rapporteurs, fort excusables d'ailleurs, avoient donné communément à leur travail, dans sa concision même, une longueur dont d'ordinaire le dernier des orateurs inscrits d'avance étoit la victime; et que le plus souvent il y avoit une série de compositions écrites, une lecture, sans que jamais le moindre semblant de discussion devint possible. Défaut très‑regrettable, mais auquel il ne seroit pas aisé de porter remède. Néanmoins, on auroit déjà beaucoup gagné, si les rapports étoient publiés, trois ou quatre semaines avant la conférence, de manière que chacun eût pu en prendre connoissance et fixer son attention sur les sujets annoncés.

Un des plus grands avantages de ces grandes assemblées c'est sans contredit celui de faire la connoissance personnelle de beaucoup de chrétiens que depuis longtemps on a aimé et honoré pour leur activité et leur charité dans le service du Seigneur. On éprouve une grande jouissance à les voir ou à les revoir. Certes, nous nous sommes beaucoup réjouis, en revoyant M. M. Merle d'Aubigné, Malan17, Gaussen.18 M. Merle, notre précieux ami depuis 1829, dont l'activité chrétienne comme professeur et comme historien, a été si bénie, que nous avions revu en 1833, en 1836, en 183819, en butte depuis lors à bien des épreuves, et que nous retrouvions maintenant avec sa jeune épouse20, charmante, douce, affectueuse, pleine d'intérêt pour les oeuvres évangéliques, et avec leur robuste et intelligent enfant21; lui toujours également actif, zélé, énergique, exerçant un ascendant mérité, et ne portant sous ces rapports, presqu'aucune trace d'un âge déjà avancé. Avec bien du plaisir aussi nous avons renoué connoissance avec M. Malan. Il nous parla à sa manière, c'est à dire avec une extrême bonté et en nous rappelant toujours la grande pensée de l'évangile et de la Réforme: le salut par la grâce dont les oeuvres sont le résultat nécessaire et naturel. Si son argumentation, un peu singulière dans sa forme, a pu, selon plusieurs, contribuer à entretenir chez quelques‑uns des illusions sur leur état spirituel, il semble plus que jamais soigneux de prévenir un pareil abus, en insistant sur la nécessité absolue de la sanctification pour voir le Seigneur. C'est du moins l'impression que me fit son sermon sur le texte: `Ta gratuité vaut mieux que la vie; c'est pourquoi mes lèvres te loueront.'22 L'auditoire étoit fort peu nombreux; nos compatriotes en formoient une grande partie. Le vénérable vie[i]llard, avec sa belle physionomie, semble porter avec facilité le poids des années. A la fin du service, beaucoup de personnes, quand il fut descendu de la chaire, s'approchèrent de lui, entr'autres lord Roden et le docteur Krummacher.22a Ce dernier, auquel M. Malan donna un baiser fraternel, lui exprima, avec une vive affection, sa sympathie et le voeu sincère qu'il put être encore longtemps en bénédiction à plusieurs. Je n'ai revu M. Gaussen qu'un instant; n'ayant pu lui rendre visite que le soir, lorsqu'il étoit fatigué par beaucoup d'entretiens durant la journée. Il me reçut néanmoins avec une extrême bonté. Sa soeur23 me paroissoit le soigner avec une tendresse maternelle.

Je n'ai fait la connoissance que de très‑peu d'Anglois. Pourquoi? parce que je ne comprends pas assez et ne parle presque pas leur langue. C'est à des assemblées semblables qu'on sent vivement les inconvénients de la diversité des langues; comme me le disoit un excellent Anglois, gendre de Bickersteth, M. Birks, the curse of Babel. On m'a présenté à lord Roden, mais il étoit souffrant et parloit fort peu; toutefois, même dans son silence, les traits de sa physionomie révéloient la noblesse de ses sentiments. M. van Eik24 me raconta quelques détails sur sa visite à Amsterdam chez Da Costa, sur les jours que M. van Eik avoit passés chez lui en Irlande; sur son enthousiasme pour Guillaume III, et comment maintenant le comte lui avoit rappelé la surprise bien agréable qu'il avoit éprouvée, en entrant dans une salle du château de lord Roden, chef d'une des sociétés orangistes, où l'on voyoit partout en caractères majuscules la devise Oranje boven! Personne, je crois, ne m'a laissé un souvenir plus agréable que Sir Culling Eardley. J'étois plus ou moins prévenu contre lui, à cause de son penchant à fraterniser avec un libéralisme, qui attire souvent des chrétiens sincères par de fausses apparences; mais, à sa première visite, nous n'avions pas causé cinq minutes que déjà toutes mes préventions étoient dissipées; sa piété, son humilité, sa douceur, sa charité, unies à la plus grande simplicité, étoient si indubitablement empreintes dans ses paroles, comme dans ses regards qu'il m'eût été impossible, même s'il avoit commis, à mon avis, des erreurs bien plus graves que celles qu'on lui reproche, de ne pas apprécier son dévouement au Seigneur, de ne pas le respecter, de ne pas l'aimer. Et cette impression première, loin de s'affoiblir, s'est fortifiée, chaque fois que j'ai eu l'avantage de le rencontrer.

Il parle françois avec assez de facilité. Ah! que n'en est‑il ainsi de tous les Anglois qui viennent assister aux conférences! J'ai été présenté au recteur Burgess, ami de M. Merle, à M. Henderson de Park, si connu par sa munificence évangélique, au missionnaire américain de l'Inde Morrison24a, mais je ne puis guères prétendre avoir causé avec eux. En général, au milieu du mouvement continuel des réunions multipliées, il est bien difficile d'avoir des conversations suivies et des entretiens qui ne soyent pas tout‑à‑fait superficiels. J'ai cependant eu cet avantage, par exemple avec un des hommes de la Suisse, dont je désirois le plus faire la connoissance personnelle, M. Frédéric de Rougemont, qui dans son essai sur les individualistes25 a si bien su réunir au respect dû à un adversaire tel que Vinet la franchise qui même et surtout dans un écrivain d'un aussi grand mérite doit indiquer et combattre les idées qui dans ses ouvrages, en général si admirables pour le fruit et la forme, peuvent avoir une tendance dangereuse. Assis à côté de lui à un des repas fraternels au Casino, j'eus l'occasion d'aborder du moins quelques sujets sur lesquels je désirois connoître son opinion. Il est fort lié avec le professeur Godet; mais du reste, même à Neufchâtel, il ne paroît pas y avoir beaucoup de personnes qui partagent sa manière de voir en politique. Un libéralisme superficiel est assez général en Suisse. M. de Rougemont croit que nous marchons vers la formation de l'antichrist. Il me donna quelques explications sur les événements en apparence si inexplicables qui ont eu lieu à Neufchâtel il y a quelques années.26 Il est positif que le roi27 lui‑même a su la chose, mais on ne sauroit faire peser la responsabilité sur lui; alors déjà il étoit sous l'influence de la déplorable maladie qui se manifesta plus tard. Le mouvement royaliste a été fait, sur la foi des promesses de secours les plus énergiques parties de Berlin, et données même par le prince royal.28 Le superintendent29 Hoffmann avoit dit au roi: si vous avez ignoré la chose, vous n'êtes pas tenu de vous en mêler maintenant, mais, dans le cas contraire, vous devez faire marcher, quand ce seroit 300.000 hommes, pour secourir vos sujets. M. de Rougemont avoit passé deux mois à Berlin, afin de tâcher d'obtenir un arrangement qui eût du moins sauvé les principes; mais M. Manteuffel se soucioit assez peu de ce point de vue; même chez Stahl et Ranke M. de Rougemont trouva peu d'appui. Le premier fermoit un peu les yeux pour ne point voir; le second réduisoit le problème à une question d'argent. J'ai eu le plaisir de rencontrer M. de Rougemont plus d'une fois; je lui ai entendu lire son rapport.30 On voit en lui l'amabilité de la douceur chrétienne unie au génie du penseur.

J'ai eu un entretien qui m'a fort intéressé avec un homme d'opinions et d'allures très‑différentes31; homme fort remarquable néanmoins, fort aimable, à ce qu'il paroît, et dont l'influence est grande, surtout peut‑être parce qu'il est d'accord avec cette opinion publique, opinion retardataire qui s'imagine encore, même après tant d'expériences cruelles du néant des promesses de la révolution, que les idées de 1789 sont le palladium de la civilisation moderne et une édition nouvelle des maximes de la Réforme et des principes de l'évangile. Je crains bien que M. de Rougemont32, qui a sans contredit beaucoup d'esprit, de talent, de vivacité ne soit trop convaincu de la justesse de son point de vue pour en revenir, et que, vu la multiplicité de ses occupations, il ait aussi peu le loisir que le désir de soumettre les opinions qu'il s'est faites à un examen plus approfondi.

J'ai fort admiré le beau rapport de M. Rosseeuw de St. Hilaire et j'ai eu grand plaisir à m'entretenir quelques moments du moins avec lui. Il espère venir en Hollande dans l'intérêt de ses travaux historiques sur l'Espagne.33 L'exemple d'un chrétien si remarquablement doué et qui, dans une position comme la sienne, ne craint pas de déclarer hautement `et moi aussi je suis de ces gens‑là'34, peut avoir une influence bien utile dans un cercle très‑étendu. J'ai causé avec M. Bastie, dont j'ai si souvent lu avec intérêt les articles dans l'Espérance; tout, dans sa physionomie méridionale, indique un homme d'un caractère grave et sérieux et d'un esprit pénétrant. J'ai échangé quelques mots avec tant de personnes que j'eusse aimé entretenir à tête reposée: M. Grandpierre, M. Casalis, M. Val[l]ette34a, M. Bonnet de Francfort, M. Pétavel père et fils35, M. Puaux, etc. Nous eûmes bien du plaisir à revoir l'excellente Madame André35a de Paris, si bonne, si affectueuse, ayant si bien, après tant d'années la mémoire du coeur, qui vint nous voir à l'Hôtel de[s] Bergues et nous présenter aussi son neveu M. [F. Monnier]36, jeune homme qui me parut plein de talent et de bonne volonté, auditeur au Conseil d'Etat et en même temps (exemple unique apparemment d'un pareil cumul) rédacteur d'un journal hebdomadaire d'édification La Croix. Nous eûmes aussi la visite de M. Bernard de Watteville, digne descendant de l'aristocratie de Berne, rudement éprouvé, durant bien des années, par les envahissements et les injustices de l'esprit démocratique37, amplement dédommagé par les bénédictions que le Seigneur accorde à son dévouement chrétien. Il nous engagea à venir le voir à sa campagne. La même invitation nous fut adressée avec empressement par M. et Madame Bovet de Neufchâtel, dont le gendre, M. le professeur Bovet nous a donné une description si intéressante de son voyage à Jérusalem.38

Parmi les Allemands, qui n'étoient guères nombreux (l'Alliance Evangélique en général n'est pas vue de très‑bon oeil en Allemagne), c'est surtout le professeur Tholuck avec qui j'ai eu le privilège de m'entretenir. Je le recontrai un soir chez M. Merle et il me pria de venir chez lui le lendemain. Je fus exact au rendez‑vous. Comme le mouvement est pour lui un besoin, il me proposa de causer en nous promenant à la Treille.39 C'est ainsi que, il y a quelques années, nous le vîmes arriver un soir, à pied, à Oud‑Wassenaer. Il est toujours accompagné d'un étudiant qui prend soin de lui, M. Kögel aussi a été en Espagne et ailleurs son compagnon de voyage. A peu près, je pense septuagénaire40, Tholuck semble jouir encore de la plénitude de ses facultés; il a conservé cet enjouement, cette gayeté chrétienne, cette sérénité évangélique qui lui concilie les esprits souvent peut‑être même de ses antagonistes. Il parle volontiers françois. Malgré le triomphe remporté par la science sur le rationalisme en Allemagne, il ne se fait pas illusion sur les dangers de l'avenir. L'incrédulité et le matérialisme pratique a pénétré dans les masses et on peut s'attendre à ce que la théologie moderne ou pour mieux dire, le scepticisme contemporain de la France, de la Suisse allemande, de la Hollande ait, tôt ou tard, un grand et funeste retentissement en Allemagne. Il insista fort auprès de moi sur l'union de l'église et de l'état, comme situation normale, s'informant avec intérêt de la lutte dans notre pays. Il me raconta encore avec beaucoup d'entrain ses rencontres en Hollande, lors de son premier voyage, après que l'itinéraire de Fliedner41 et ses révélations plus ou moins indiscrètes (c'est moi qui parle) avoient mis beaucoup de personnes en assez mauvaise humeur. Il me parla de sa visite à Van der Palm qui lui dit, apparemment avec son sourire significatif: nous n'avons pour le mysticisme pas même de mot dans notre langue; il s'exprima avec indignation sur l'écrit De mysticismo de Borger.42 Le prédicateur Egeling, si vénérable d'ailleurs, mais probablement médiocrement ami des influences étrangères, lui avoit demandé: `Maar waarom zwerf je de wereld zoo rond?' et après la réponse: C'est pour jouir de la communion des fidèles: `Maar hebt gij dan geen geloovigen in uw eigen land?' Ce n'étoit pas là un accueil très‑encourageant et fraternel. Apparemment ni Egeling, ni même Van der Palm ne soupçonnoient en lui un des plus éminents restaurateurs de la véritable science théologique en Allemagne. Sans dissimuler ses dissentiments (surtout lorsque je fis mention du dernier grand ouvrage de Stahl (Die Union und die lutherische Kirche)43 Tholuck rendoit pleinement justice aux grands mérites de ce courageux et persévérant défenseur de la vérité chrétienne contre les erreurs dominantes de notre époque.

Krummacher44 de même. Je le rencontrai chez M. Merle et plus tard sur le bâteau à vapeur de Genève à Vevay45, voyageant avec sa fille.46 On ne s'attendroit guères, après avoir entendu en public sa voix formidable, qui menaçoit d'ébranler les voûtes de Saint‑Pierre, de trouver en lui un homme plein de douceur et de bonhommie. Lui aussi ne se fait pas illusion sur la gravité des temps où nous vivons. La situation de la Prusse n'a rien de très‑rassurant. Il parle avec un vif attachement du roi.47 Maintenant il n'y a dans la famille royale plus de ces sympathies décidément chrétiennes. On s'étoit trop flatté de les voir apparoître lors du mariage du prince royal.48 Il nous faut des hommes qui savent à quoi s'en tenir, des hommes de caractère, des hommes complets (ganze Menschen). Où les trouver? Krummacher apprécie fort les excellentes qualités de M. Bethmann‑Hollweg; toutefois il s'est laissé entrainer à trop de concessions peut‑être. On peut cependant compter qu'il tiendra bon sur la grande question de l'enseignement primaire, en maintenant les Regulative49, le programme si bien tracé d'une éducation scolaire vraiment chrétienne. Le parti libéral ne semble, pour le moment du moins, pas encore de force à renverser un ministre si généralement respecté. Le Kreuz‑Zeitung a rendu de très‑grands services. Seulement il est à regretter que le ton souvent passionné et amer de sa polémique, même envers des hommes recommandables, ait effarouché les esprits.

J'ai causé quelques instants avec le célèbre professeur de Gottingue Dorner; avec le pasteur Kalkar de Copenhague, qui m'avoit rendu visite, il y a bien longtemps, à la Haye; puis, plus d'une fois, avec M. Schmettau, pasteur allemand à Londres, qui, avant de me connoître, me fit un éloge vivement senti de M. Stahl, aux funérailles duquel, passant par Berlin, il venoit d'assister. C'étoit, disoit‑il, malgré les divergences d'opinion, un deuil universel.

J'oublie sans doute plusieurs. J'ai eu occasion de voir les membres les plus généralement connus de la conférence, à deux soirées chez M. Merle, à une soirée chez M. J. Adrien Naville, à un déjeuner chez le pasteur Claparède, et dans les séances de la commission pour la liberté religieuse. M. Merle recevoit à sa charmante campagne aux Eaux‑Vives une nombreuse société, réunie dans les appartements ou par un atmosphère d'Italie, se promenant, en vue du lac, dans le jardin. Les conversations étoient si animées que parfois, dans la maison, on avoit une véritable peine à se faire entendre de son voisin. On s'appercevoit à la déférence dont M. Merle étoit l'objet, qu'au jugement de plusieurs, il est non seulement l'historien, mais dans la Genève du dix‑neuvième siècle, un des plus fidèles disciples et continuateurs de Calvin. La réunion duroit de 7 heures jusqu'à 10, et se terminoit (je n'ai pu rester qu'une fois jusqu'à la fin) par quelques versets de la bible, le chant et la prière. Chez M. Naville50, président de l'Alliance Evangélique, Madame, née de Pourtalès, recevoit les nombreux visiteurs, dans ses magnifiques salons, avec une grâce et une amabilité parfaite. Quant à M. Naville, tout le monde a été d'accord pour reconnoître l'activité, le zèle et la bonté prévenante dont il a fait continuellement preuve dans des jours si particulièrement difficiles pour lui. On a beaucoup regretté que le temps se mettant décidément à la pluie, ait fait remettre d'abord et rendu ensuite impossible la partie de campagne arrangée dans leur propriété de Malagny, et à laquelle étoient invitées 2500 personnes.



Le déjeuner chez M. le pasteur Claparède avoit été, par une bienveillance extrême, arrangé uniquement à notre faveur. J'avois manifesté à M. Bovet le désir de trouver une occasion de causer avec M. Ernest Naville, auteur du livre sur La vie éternelle51, dont le rapport sur le scepticisme contemporain52 avoit enlevé tous les suffrages, et qui me sembloit unir à la foi chrétienne et à des principes très‑arrêtés et tout‑à‑fait recommandables un rare talent. M. Claparède, l'hôte de M. Bovet, eut l'aimable idée de me fournir, de la manière la plus facile, l'opportunité que je désirois. M. M. Vallette et Bonnet n'avoient pu venir. Nous étions en très‑petit comité. L'excellent pasteur lui‑même et Madame, fille du pasteur Appia de Francfort, bien connu en Hollande, et se plaisant à m'entretenir de Madame Fagel, qui avoit été sa marraine; le docteur Appia son frère, M. et Madame Bovet et leur fille, enfin M. Ernest Naville. Pendant quelques instants nous fûmes seuls. Il y a beaucoup de réserve et même, à ce qu'il me parut, quelque froideur dans son maintien, surtout au premier abord; mais la largeur de son front, la pénétration de son regard, la fermeté de sa parole et le choix et la justesse de ses expressions donnent bientôt le sentiment de n'être pas en présence d'un homme ordinaire. Ce qu'il avoit dit au sujet de la politique m'avoit fait conjecturer que, entre ses opinions et les miennes, il y avoit, dans cette sphère aussi, beaucoup de conformité. Je ne m'étois pas trompé. A la manière dont il se prononça sur la liberté de faux aloi que la révolution fait briller aux yeux de ses adeptes, sur les affaires d'Italie, sur les Napolitains53, ces soi‑disant bandits, comparés par lui aux Vendéens54, je pus me convaincre qu'il n'est pas d'humeur à plier devant l'opinion publique et ne craint pas de rendre hommage à la vérité, même quand elle est la plus passionnément méconnue par les erreurs populaires et dominantes. Il paroît que, malgré les antipathies si prononcées contre tout ce qui ne fait pas chorus avec le libéralisme, ses qualités exceptionnelles impriment et commandent le respect.

La commission pour la liberté religieuse étoit composée de M. M. Kinnaird, Arthur, Sir Culling Eardley, Birks, G. Monod, Merle d'Aubigné, L. Burnier, Meille de Turin, le professeur Revel de Florence, le pasteur Schmettau de Londres, De Pressensé. Ce n'est que là que j'eus occasion de m'entretenir un moment avec M. Monod que j'avois vu avec beaucoup de plaisir en Hollande, comme agent de la Société centrale55, et dont j'ai admiré l'allocution si remarquablement énergique dans la première des conférences56; M. L. Burnier, si avantageusement connu par ses travaux bibliques, M. Revel, dont nous avions eu la visite à la Haye, modérateur des Vallées57 alors, maintenant chargé avec M. Maz[z]arella de la direction des études à l'Université évangélique italienne58; c'est dans les séances de cette commission que furent présentées et adoptées, sans beaucoup de modifications, les projets de résolutions qui devoient être soumis à l'assemblée, touchant les affaires de Syrie59, la traduction et la dissémination des Saints Evangiles en Russie59a, l'enfant Mortara.60 Dans ce dernier projet, rédigé par Sir Culling Eardley, on désiroit l'intervention indirecte des gouvernements de l'Europe de concert avec le gouvernement d'Italie dont Mortara est citoyen de facto. Surgissoit dès lors la même difficulté qui avoit déjà fait repousser l'idée d'une adresse à S. M. Victor Emmanuel. Mais le rédacteur se prêta de la meilleure grâce du monde au changement proposé: `de concert avec le pouvoir dont Mortara relève de facto' et ensuite se montra complètement satisfait, lorsque M. Merle, avec beaucoup de tact et parlant aussi avec une certaine autorité, fit écarter toute allusion à une intervention quelconque des gouvernements; allusion qui, après tant de désappointements à cet égard, auroit aisément pu avoir une teinte de ridicule; faisant substituer à une confiance évidemment mal placée dans les Grands de la terre, une prière et un appel à ce Roi des rois auquel60a eux aussi devront rendre compte de leur administration. On s'est également occupé avec une commisération bien naturelle et une indignation bien légitime de ceux qui en Espagne, pour avoir lu la bible, gémissent encore en prison.61 La délibération sans contredit la plus intéressante est celle qui s'engagea sur les affaires du Wurtemberg. Là existent encore des lois d'après lesquelles quinze personnes ne peuvent se réunir pour lire la bible, sans l'autorisation d'un pasteur de l'église établie62, et il y a eu, assez récemment encore des exemples que, pour contravention à cet interdit, on a dû payer une amende, ou a été mis en prison. Certes, c'est bien là une violation de la liberté religieuse, non seulement de cette liberté illimitée, dont plusieurs aiment à faire briller le décevant mirage, mais de la liberté telle que doit la désirer tout chrétien évangélique. La commission (je n'étois pas présent à cette séance) n'avoit donc pas hésité à proposer à la conférence d'exprimer le voeu que dans quelques états de l'Allemagne, où le protestantisme prédomine (le Hanovre et le Wurtemberg étoient nominativement désignés) on ne tardât pas à abolir des lois également contraires à l'esprit du siècle et à celui de l'évangile.63 Ce voeu, en apparence très‑simple et modéré, trouva néanmoins dans l'assemblée des contradicteurs parmi les frères d'Allemagne; notamment Krummacher et Dorner; cette opposition étoit assez vive et partoit d'assez haut pour faire renvoyer le projet à la commission. Voici quelles étoient, dans cette affaire extrêmement délicate, les graves difficultés. D'abord le Wurtemberg est, de l'aveu de tous, un pays éminemment évangélique et son église établie, par sa foi vivante, son activité, son zèle missionnaire en particulier, est digne d'un respect exceptionnel. Comment donc, sans méconnoître par là même la grandeur de ses mérites, lui infliger ainsi un blâme public. Puis les lois dont on se plaint, sont presque tombées en désuétude; le Wurtemberg, bien loin que l'église y dédaigne la coopération fraternelle des laïques, a de tout temps été le pays par excellence des conventicules; l'asyle de ceux qui ailleurs étoient persécutés pour cette cause. Cependant on ne veut pas se dessaisir de cette arme, surtout dans les circonstances actuelles où les dissidents, les Baptistes surtout, se permettent envers les églises nationales les expressions les plus outrageantes; jusqu'à l'assimiler à une oeuvre du démon. On est prévenu en Allemagne contre l'Alliance Evangélique; on redoute qu'elle ne subisse de plus en plus l'influence des sectes dissidentes et du radicalisme politique; dans le Wurtemberg d'autant plus parce que, parmi ses membres, on compte précisément des hommes (par exemple le pasteur Paulus, à ce que je crois) qui se sont distingués par la violence et l'inconvenance de leurs diatribes. Déjà M. Kapf[f], le doyen si justement vénéré de l'église établie, a refusé nettement pour plusieurs motifs (certainement aussi pour celui‑ci) de se rendre à Genève. Il est donc probable qu'une réprimande adressée de la part de l'Alliance Evangélique ne sera pas de nature à lui concilier les esprits irrités. Telles furent à‑peu près les considérations présentées contre le projet d'adresse, lors du nouvel examen par la commission, auquel M. M. Krummacher et Dorner furent présents. M. Merle, ardent à rétablir les bons rapports avec les frères de Wurtemberg, proposa une rédaction tellement inoffensive qu'à vrai dire le but de la démarche alloit se perdre dans les adoucissements de la forme. Ceci fut vivement relevé par M. de Pressensé, qui, très disposé à modifier sensiblement le projet, persistoit à faire ressortir l'inconséquence qu'il y auroit à s'élever avec force contre les catholiques romains, sans oser condamner ouvertement une intolérance doublement coupable chez les protestants. M. Dorner et Krummacher parlèrent dans le sens des objections énumérées ci‑dessus; celui‑ci dit entr'autres: `On s'écriera: que signifie cette Alliance Evangélique? Que nous veut ce ramassis de gens sans autorité et sans mandat? de quel droit vient‑elle nous faire la leçon? tenez pour certain que votre proclamation réitérée d'une liberté religieuse telle que l'on ne la veut point en Allemagne, sera une provocation à vos antagonistes et, en ruinant votre influence, doublera leur force et leur crédit.' Pour détourner ce péril la commission se montra très‑accommodante. Le Wurtemberg ne fut pas nommé. On intercala une phrase dans laquelle la conférence déclare vouloir à la fois observer le respect dû aux autorités établis et ne pas négliger la défense d'un droit sacré. Enfin, en vue des dissidents et de leurs insolences, on ajouta quelques mots très‑significatifs sur `les égards dus à toute Eglise évangélique.'64

Semblable en ceci au doge de Venise65 qui, parmi toutes les choses étonnantes à Versailles, étoit par dessus tout surpris de s'y voir, moi aussi, à Genève et à Saint‑Pierre, j'ai été d'avis que ce qu'il y avoit de plus surprenant c'étoit de m'y entendre parler. Bien des motifs auroient dû me détourner de tenter un pareil essai. Aussi lorsque M. Merle, en février, m'invita66, au nom du comité, de prendre la parole sur la liberté religieuse, immédiatement après le rapporteur67, je ne balançois pas à refuser cet honneur. Ensuite, lorsqu'en Hollande plusieurs amis68 insistoient que je me rendisse à Genève, je répondois ne pouvoir m'y décider, parce que dans une semblable assemblée, où, par suite du penchant décidé de plusieurs vers le libéralisme, je devois m'attendre à voir souvent combattre les principes que je partage et traiter avec plus ou moins de dédain des hommes que je vénère, il me seroit également difficile de garder le silence et de parler. Toutefois mieux vaut faire un sacrifice d'amourpropre que de manquer à un devoir. Aussi mes résolutions d'aller à Genève et d'y rendre témoignage, dans une question importante, à ce que, contrairement à l'opinion dominante dans cette assemblée, je crois être la vérité, furent‑elles simultanées. Survint la mort subite de M. Stahl69, et alors je sentis encore plus vivement combien je me reprocherois de m'être associé en ce moment pour la première fois à l'Alliance Evangélique, dont il redoutoit les tendances, sans rendre hommage à sa mémoire et à la vertu salutaire des grands principes dont il a été le défenseur, en face même de ses antagonistes; notamment par exemple du rapporteur ad hoc lui‑même de M. de Pressensé, qui, il n'y a que peu de semaines, à l'occasion d'un discours de M. Stahl à la conférence pastorale de Berlin70, où celui‑ci résume admirablement la situation religieuse et politique de la chrétienté, écrivoit dans la Revue chrétienne sur ce ton dictatorial qui a l'avantage d'impressionner vivement la race moutonnière d'un grand nombre de lecteurs: `Nous sommes vraiment sur le seuil d'une nouvelle70a époque! Nous y entrerons, malgré les imprécations des hommes du passé. Il faut leur laisser la triste consolation de maudire le jour qui se lève. M. Stahl n'a pas failli à cette noble tâche70b, par un de ces discours violents et amers dont il a le secret. Sous le nom de révolution, il a anathématisé toutes les émancipations dont nous nous réjouissons. Je comprends70c la mélancolie d'un partisan de l'Etat chrétien flanqué du droit divin; ces gémissements et ces regrets sont heureusement impuissants, aussi bien à Berlin qu'à Rome.'71 Je rends volontiers et pleinement justice, surtout depuis que j'ai eu l'avantage de l'entendre et de causer avec lui, à l'amabilité aussi bien qu'aux talents distingués de M. de Pressensé; mais il est évident que, occupé et préoccupé de bien des intérêts divers, il est souvent, pour n'être pas embarrassé dans la rapidité de sa marche, contraint de trancher des questions qu'il n'a pas encore suffisamment examinées. Ici même il y a plus. Ayant fait de la plupart des ouvrages de M. Stahl une étude attentive, j'ose affirmer que M. de Pressensé n'a pu les lire, du moins comme de tels écrits doivent être lus, du même droit que je me permettrois de supposer qu'un voyageur avoit parcouru ma patrie de nuit et en chemin de fer, si à son retour il croyoit devoir ranger la Hollande parmi les pays montagneux. Il me sembloit convenable, à cette occasion, de lui soumettre, en pleine assemblée, cette observation d'une manière discrète et je me flattois que peut‑être cette déclaration franche et sincère de mes convictions pourroit ramener l'attention de quelques amis chrétiens sur les questions de principes que j'ai abordées dans mon écrit Le parti anti‑révolutionnaire et confessionnel; écrit dans lequel j'ai eu pour but l'exposition succincte de mes principes et de ma conduite dans les affaires religieuses et politiques de mon pays, et que néanmoins plusieurs en France, en Suisse surtout, ont interprétée plutôt dans le sens d'une polémique éphémère et personnelle.71a Il m'a paru du reste que l'on n'a pas pris ma sincérité et l'usage que je me suis permis de faire du quart d'heure qui m'étoit assigné, en mauvaise part. Plusieurs m'ont su gré de n'avoir pas dissimulé mon opinion. Même j'ai lieu de croire que mon opposition au libéralisme mêlé à l'évangile et à ces libertés illimitées qui aboutissent au désordre ou à l'arbitraire dans la pratique, ont trouvé plus de sympathie que je n'avois supposé. M. Bovet étoit convaincu que bien des personnes avoient senti, comme lui, la nécessité d'un contrepoids aux affirmations véhémentes de M. de Pressensé; M. Bastie, sans être de mon avis, me dit être néanmoins persuadé que la question devoit encore être examinée; M. Malan, tout près de moi à Saint‑Pierre me serra bien affectueusement la main; et plus tard, dans son église, comme il s'exprimoit avec bienveillance sur mon petit discours, je savois bien, lui dis‑je, `que vous aimez la Hollande'; `Oui', répliqua‑t‑il, `j'aime la Hollande, mais j'aime aussi la vérité, comme vous l'avez dite.' M. Ernest Naville aussi, dans un entretien sur les affaires d'Italie en ma présence, me donna des marques de son assentiment.

Mais pourquoi ne pas ajouter ici ce qui m'a porté surtout, en me rendant à l'invitation réitérée de M. Merle, à prendre pour quelques moments la parole! C'est que, dans ce court espace, je pouvois cependant effleurer, indiquer du moins dans une telle assemblée, ce qui me paroît pour les chrétiens la grande question qui résulte du caractère spécial de l'histoire contemporaine: comment remplir la tâche imposée à l'église chrétienne de parvenir, en triomphant de l'esprit de révolution, à la véritable union de la foi et de la liberté. Mais la condition préliminaire c'est de savoir distinguer l'esprit révolutionnaire de l'esprit de liberté. Et c'est précisément sur ce point fondamental qu'il existe chez beaucoup d'excellents frères (et j'eus à Genève encore abondamment occasion de m'en convaincre de nouveau) une déplorable confusion d'idées. Tantôt ils se figurent que le libéralisme est né du christianisme; tantôt ils considèrent l'esprit évangélique et la philosophie moderne comme deux lignes, comme deux courants d'idées, homogènes du moins sous le rapport de la liberté. Ils regrettent et condamnent ce qu'ils appellent les écarts et les excès des révolutions; ils méconnoissent l'essence de la révolution. Dès lors ils supposent que tous ceux qui la combattent sont des ennemis de tout changement, de toute amélioration, de tout progrès, amis de l'absolutisme, esprits amoureux du passé et qui veulent emprisonner la penseée humaine dans un moule usé. Ils paroissent eux‑mêmes étrangers dans le monde moderne et ne pas s'appercevoir de la cause première et permanente des agitations et des bouleversements de l'Europe depuis la chute épouvantable de l'ancien régime jusqu'à nos jours. Ils semblent ignorer que la révolution est une doctrine, l'impiété systématique, la philosophie du dix‑huitième siècle, qui, loin d'être vaincue ou surannée, tend et réussit de plus en plus à s'assimiler l'état, l'église et la société tout entière. Que cette doctrine part de la souveraineté de la raison, pour aboutir à l'idolâtrie de l'homme collectif et à la négation du Dieu vivant et personnel. Que, séparés, comme ils le sont, des droits de Dieu, les droits de l'homme, proclamés avec grand fracas en très belles phrases, devoient aboutir aux théories jacobines, s'évanouissant bientôt sous le sceptre de fer napoléonien. Que les horreurs de 1793 et les rêves du socialisme et du panthéisme, se produisant dans les jours néfastes de 1848, ne sont que les conséquences et les développements naturels et nécessaires de la révolte contre le Dieu qui s'est révélé dans son évangile. Cet aveuglement, doublement inexplicable au milieu des graves enseignements qui nous offre en abondance l'histoire de nos jours, a de funestes résultats. Interpellé à cet égard, souvent un chrétien vous dira: `Je ne suis pas un politique, je ne me mêle pas de la politique'; comme s'il ne s'agissoit pas ici d'une erreur qui embrasse, pour ainsi dire, l'homme tout entier, et qui, avant de devenir politique, est essentiellement subversive de toute véritable religion. `J'accepte la liberté de quiconque me la donne'. Très‑bien; mais les libertés que la révolution promet, a‑t‑elle l'habitude, le pouvoir, la volonté de les donner? Où en est en France la liberté politique? Où en est même la liberté religieuse? L'égalité des cultes est‑elle leur liberté? L'absence d'une religion d'état vous garantit‑elle d'une soumission de toutes les églises à l'état? Cet état, tout en proclamant la liberté religieuse, ne saisit‑il pas dès que bon lui semble, tous les prétextes pour la restreindre et l'anéantir? N'interdisoit‑on pas, il y a peu d'années, le culte de communautés protestantes, comme entaché de socialisme?72 Les écoles protestantes n'étoient‑elles pas naguères encore fermées au nom des moeurs publiques73, et l'autorité judiciaire n'a‑t‑elle pas puni le prêt d'un livre d'édification comme acte de prosélytisme illégal?74 Vous acceptez la liberté de quiconque vous la donne! Très bien; mais supposé même qu'il vous la donne, et que vous ayez sujet de vous réjouir en voyant tomber les obstacles que, fidèle à ses tristes doctrines, le papisme oppose à la dissémination des Saintes Ecritures et à tout culte évangélique, toujours sera‑t‑il prudent de considérer cet avantage comme incertain et provisoire, de ne pas vous faire illusion à l'égard des intentions et du but final de l'auxiliaire auquel vous avez recours, et de vous rappeler que si l'état moderne tolère toutes les religions, il a néanmoins, là où les théories révolutionnaires prédominent, sa religion à lui, sa religion humanitaire; que les religions soi‑disant révélées sont, pour lui, des tendances maladives du corps social; que donc il ne peut les tolérer que pour autant qu'elles n'aillent pas, hors de leur enceinte et des temples réservés à leur usage particulier, se poser comme vérité suprême en face de lui, et que par conséquent, lorsque, se développant dans les voies de l'erreur, il rencontrera le christianisme dans son exclusisme et dans son inflexibilité, on verra surgir de cette opposition inévitable, la lutte entre le principe évangélique et le principe anti‑chrétien.

Souvent à Genève j'ai entendu, non pas traiter (c'étoit interdit) mais toucher la question de la séparation de l'église et de l'état. Je crois cette question, quant à la pratique au moins, à peu près vidée. On commence assez généralement à concevoir que cette séparation ne peut et ne doit pas être prêchée comme un dogme; que ce qui est fondamental, c'est l'indépendance et la souveraineté de l'église dans la sphère religieuse, que cette indépendance peut fort bien nonobstant l'union, dans l'état chrétien, que dans l'état centralisateur d'après les principes libéraux, il faut au contraire, sous peine de voir bientôt l'église asservie, éviter, autant que possible, tous les rapports avec le pouvoir politique. J'ai vu à Genève fonder bien des espérances sur la chute apparemment prochaine du pouvoir temporel du pape.75 Cette joie me semble prématurée. Je sais bien que beaucoup de protestants de France en ce moment, sont prêts à courir sus à M. Guizot, parce qu'il s'est permis de qualifier les indignités auxquelles le pape est en butte, de `perturbation déplorable qui atteint et afflige une portion considérable de la grande et générale Eglise chrétienne.'76 Je lui laisse la responsabilité d'une expression si vivement attaquée; toutefois moi aussi je me ferois scrupule d'appliquer même au pape la maxime que nous avons à si bon droit condamnée haereticis non servanda fides77, et je crois que même il ne seroit pas mal de méditer les paroles suivantes du même homme d'état: `Ceux là s'abusent étrangement qui, en présence des événements auxquels nous assistons, croient la question romaine près d'être résolue. Ce n'est pas la solution qui approche, c'est le chaos qui commence.'78 Même après la chute du pouvoir temporel, il y aura pour la religion catholique‑romaine encore bien des chances d'accommodement durable avec les Césars; pour le christianisme évangélique, malgré des ménagements et des faveurs que des circonstances passagères amènent, à la longue et en définitive, il n'y en a point. Comment nos excellents amis ne voyent‑ils pas que la grande question de nos jours est de savoir si l'état sans religion transformera, dans les institutions publiques, les nations chrétiennes à son image; si cet état humanitaire deviendra l'instrument de celui qui a dit: Eritis sicuti Deus79 et qui a réduit l'homme dans la plus déplorable des servitudes en lui promettant la liberté. C'est ainsi qu'on méconnoît ce que la position de l'église a de nos jours de plus caractéristique; qu'on ne tient nul compte des devoirs qu'elle impose et de l'attitude qui convient à chaque chrétien; qu'au lieu d'être témoin de l'évangile, on court risque de devenir complice de la révolution, et qu'on contribue, pour sa part, à faire entièrement perdre de vue l'avenir magnifique réservé aux églises de la Réforme, si elles savoient, conformément à l'exemple des réformateurs, dans l'unité de la foi, s'élever contre la diversité des erreurs de notre temps.

Un des plus chauds amis que la Hollande ait [eu]80 à Genève est sans contredit M. le colonel Tronchin, autrefois au service de notre pays, un des fondateurs de la Société Evangélique81 et dont la vie a, depuis bien des années, rendu un beau témoignage à la sincérité de sa foi. Il nous rendit visite. J'allai le voir à sa magnifique propriété de Bessingues. C'est là qu'il a fondé deux établissements pour les convalescents, qui viennent y jouir pendant quelques semaines des beautés de la nature, pour y reprendre des forces et pour y entendre, dans la simplicité du culte de famille, les paroles salutaires de l'évangile. On y a successivement reçu déjà plus de 1800 personnes. Je trouvai chez lui, outre Mme Tronchin et Mme d'Esolepan81a, leur fille, plusieurs Anglois, entr'autres le comte de C[avan?], qui a fait partie de la députation à Florence pour la mise en liberté des Madiai.82 Il me remit le premier tome, renfermant le Pentateuque, d'une nouvelle version des Saintes Ecritures, entreprise (à ses fraix probablement) par une réunion de plusieurs pasteurs orthodoxes.83 Du reste il s'informa avec beaucoup d'intérêt de nos amis de Hollande et de la situation de notre pays.



Que dirai‑je de l'intérêt manifesté en général par l'Alliance Evangélique pour nous? Individuellement nous ne saurions être trop reconnoissants de l'accueil hospitalier et fraternel reçu à Genève et de la bienveillance dont les Hollandais, assez nombreux cette fois, ont été l'objet, chacun pour soi, de la part de chrétiens de toute nation. Mais, quant à la Hollande même, il n'en a été guères question. A la conférence de Paris84, on consacra une séance à la Hollande en société avec la Belgique. A la conférence de Londres85 on s'informa du moins, si les Hollandois avoient une langue à eux, et quel étoit le nom du stadhouder régnant. A Genève, ni dans les allocutions, ni dans les prières, ni dans la séance d'adieux, tandis que tant de peuples étoient nommés, le nom de la Hollande ne fut prononcé. En vain à la séance que je fus appelé à présider et qui étoit destinée à l'examen de l'état religieux des peuples de l'Europe orientale et de l'Asie occidentale, commençais‑je par écarter tout ce que cette distinction de la présidence pouvoit d'ordinaire avoir de personnel pour en reporter l'honneur entièrement à ma patrie. En vain ajoutais‑je: `et puisque nous allons nous occuper de tant de peuples divers, je saisis cette occasion pour recommander à vos sympathies, à vos prières, cette Hollande, si chère à la catholicité évangélique autrefois, qui en est digne encore par ses glorieux souvenirs et qui, dans ses difficultés et ses luttes actuelles, en a peut‑être plus que jamais besoin.'86 La Hollande est tellement oubliée, si ce n'est lorsqu'il s'agit de faire des collectes ou bien, ne soyons pas ingrats, de venir au secours de nos pauvres inondés87, on est tellement accoutumé à ne plus tenir compte de notre pays, que le voeu du président passa inapperçu. Nous avons peut‑être mérité cet oubli. Toutefois, si chez nous aussi à une époque d'orthodoxie morte et stéréotypée a succédé vers la fin du siècle dernier, le triomphe de la néologie et du rationalisme, la Hollande a participé au Réveil, et si maintenant, chez nous comme ailleurs, il semble quelquefois près de dégénérer ou même de s'évanouir sous l'influence des erreurs les plus subtiles et les plus diverses, notre pays cependant occupe encore aujourd'hui, sous divers rapports, dans l'Europe évangélique une place assez considérable pour que l'issue de nos luttes, au milieu des événements qui se préparent, ne soit pas indifférente pour l'avenir du protestantisme chrétien.

Remarquons néanmoins que, par un contraste singulier au premier abord, la Hollande, à l'égard d'une seule question, a tout à coup paru reprendre le rang distingué qui, parmi les pays protestants, lui appartient. On a sérieusement songé à Amsterdam ou à la Haye, pour la prochaine réunion de l'Alliance Evangélique. Le choix est devenu assez embarrassant. Sans les déplorables événements d'Amérique88, on se fut peut‑être arrêté à New York. L'importance religieuse des Etats‑Unis, leur zèle missionnaire, leur munificence chrétienne pour ce qui se fait, en Europe ou ailleurs, dans l'intérêt du règne de Christ eussent, malgré la distance, abondamment justifié cette désignation. Quant à notre pays, je suis loin de vouloir déprécier les avantages spirituels d'une telle réunion pour le lieu qui en est le théâtre; je suis convaincu que chez nous aussi beaucoup d'amis chrétiens tiendroient à honneur de recevoir des frères, surtout des serviteurs zélés et avantageusement connus de notre commun Maître, sous leur toit hospitalier, et que chez nous aussi il y auroit moyen peut‑être de former un comité en état de se charger des travaux préliminaires et de tous les arrangements, que nécessite une assemblée de ce genre. Toutefois j'avoue que les obstacles me paroissent presque insurmontables. D'abord il y a une difficulté très grande et permanente. Il faut, ce me semble, qu'on puisse faire usage de la langue de l'endroit dans lequel la conférence se tient. Il faut que la population puisse s'intéresser et prendre part aux assemblées, et que celles‑ci soyent ainsi animées et soutenues par les sympathies locales. C'est ce qui a eu lieu à Genève. C'est ce qui a grandement contribué à la bonne réussite et à l'édification des assemblées. Mais comment espérer la même chose chez nous. La langue hollandaise est presque entièrement inconnue en Europe, dès lors forcément exclue; puisque, là où on a si peu de temps disponible, on ne sauroit souffrir l'orateur qui, ayant besoin d'un interprète, en fait à chaque instant une double consommation. Le nombre de nos compatriotes qui s'expriment avec facilité en public sur des sujets importants dans une langue étrangère, n'est pas fort considérable. La classe moyenne, la petite bourgeoisie, parmi laquelle se trouvent peut‑être le plus de chrétiens simples, sincères, dévoués, n'est en général pas en état de suivre des discours en allemand ou en françois, en anglois encore moins. Ainsi en Hollande surtout une telle réunion réaliseroit presqu'immanquablement les craintes, que manifestoit M. Baggesen, et prendroit une teinte aristocratique fort prononcée. En outre, d'autant plus que la plupart même de nos pasteurs fidèles hésiteroient à y prendre la parole, on verroit sur le terrain religieux, malgré le bon vouloir de nos frères, mettre à exécution la menace qu'on nous fit autrefois sur le terrain politique88a: `Nous traiterons de vous, chez vous, et sans vous.'89 Mais, excepté cet obstacle qui, je le crains, est de nature permanente, il y en a un autre qui, pour le moment du moins suffiroit, ce me semble, à faire renoncer au dessein de fixer en Hollande le lieu de la réunion. Il faut que l'on puisse compter sur la coopération, sur la bienveillance d'une partie un peu considérable du clergé. A Genève une minorité de l'église nationale s'est montrée décidément hostile et M. Chenevière90, par exemple, à ce qu'on prétend, n'eût pas trouvé mal que la souveraineté du peuple génevois, s'exerçant d'une façon plus ou moins irrégulière, eût interdit à l'Alliance Evangélique l'usage du temple de Saint‑Pierre et lui en eût violemment disputé l'accès. Mais de telles menées deviennent ridicules là où le gouvernement connoît son devoir, et par contre une majorité considérable du consistoire et parmi elle des hommes tels que Messieurs Barde, Coulin, Demole91, et autres, ont offert à l'Alliance non seulement les temples, mais aussi leur concours personnel le plus empressé et le plus fraternel. En seroit‑il de même chez nous? Pour qui connoît l'état actuel de notre église, la réponse n'est pas douteuse. Le nombre de pasteurs et même de laïques, membres du consistoire d'Amsterdam et de la Haye, disposés à ouvrir leurs églises à l'Alliance et à prendre une part active à ses délibérations, seroit probablement très‑petit et devroit en tout cas succomber devant une majorité, nullement d'humeur à encourager ces vastes conjurations de piétistes, de méthodistes, si éminemment propres à fortifier encore un parti qui, diroit‑on, n'a malheureusement que trop déjà pris racine dans notre pays et y est une cause incessante de désunion, de trouble et de danger. On ne se fait guères une idée des préventions qui règnent chez nous contre tout ce qui porte les couleurs un peu tranchées du Réveil évangélique. Il y a quelques années un excellent chrétien, M. Esser a pu s'en appercevoir, à l'occasion de l'assemblée de l'Alliance Evangélique à Londres.92 Ayant reçu à Java l'invitation de s'y rendre et y ayant répondu, en priant les chrétiens réunis de ne pas oublier Java dans leurs prières, il eut à essuyer non seulement de vives réprimandes, mais un déplacement très‑désavantageux, parce qu'on voyoit dans sa démarche une tentative coupable d'exposer nos colonies à l'influence des étrangers. Autre exemple. Nos écoles publiques réunissent, depuis 1857, catholiques et protestants, juifs et chrétiens sur un pied d'égalité parfaite, de manière à ce qu'il y ait légalement impossibilité absolue de tout enseignement chrétien. Nous désirons porter, autant que possible, remède à un tel état de choses au moyen d'une Association pour l'encouragement de l'instruction primaire.93 En octobre94 1860 nous eûmes, à cet effet, une réunion annoncée longtemps d'avance; l'entreprise eut un commencement d'exécution. Mais pas un seul des pasteurs d'Amsterdam, où notre délibération eut lieu, ne crut devoir y prendre part. Dans son intéressant rapport à Genève, M. de Pressensé, le grand défenseur de la liberté religieuse dans sa plus large expression, a néanmoins pris ses réserves de la manière la plus positive, en exigeant pour l'église l'unité doctrinale, comme étant son droit naturel et la condition même de son existence. Chez nous au contraire c'est là un point de vue presque généralement abandonné et la liberté de conscience est confondue avec la licence des opinions, même dans la société des fidèles basée sur la communauté de leur foi. Comme le nec plus ultra du désordre actuel, M. Naville, dans son admirable ouvrage sur La vie éternelle, observe95 que des hommes d'église sont réduits à défendre contre d'autres hommes d'église la réalité même des révélations de Dieu, la réalité de la résurrection de Jésus Christ et l'immortalité de nos personnes. Chez nous il en est de même; seulement c'est à peine si à ces ennemis de l'évangile on ose contester le droit d'exercer le ministère dans une église chrétienne, et on n'hésite pas à mettre ceux qui, après dix‑huit siècles, viennent révoquer en doute ou nier ouvertement le fondement historique de la prédication des apôtres, sur la même ligne que l'apôtre Thomas96 ou les disciples d'Emmaüs.97 L'Assemblée Evangélique n'admet parmi ses membres que ceux qui confessent avec elle les vérités immuables que la Réformation a remises en lumière et dont les conséquences salutaires se sont manifestées dans de si riches bénédictions départies à l'Europe moderne. Chez nous, le croiroit‑on? un des motifs pour lesquels des pasteurs du reste pieux et zélés pour l'avancement du règne de Dieu98 ne sauroient nous donner la main pour fonder des écoles d'où le christianisme ne soit pas systématiquement banni, c'est que, dans notre programme99 nous nous sommes fondés sur ces vérités immuables, ces dogmes éternels qui sont formulés à chaque page de la Parole de Dieu; car, dit‑on, il n'y a pas de vérités immuables; il n'y a d'immuable que Celui qui seul est le chemin, la vie et la vérité.100 Il est inutile d'ajouter d'autres traits caractéristiques de notre situation religieuse. Je suis loin de méconnoître qu'il y a, parmi tant de ténèbres, aussi des points lumineux et encourageants; mais il me semble que, pour le moment du moins et dans un avenir prochain, l'Alliance Evangélique se trouveroit déplacée dans un pays où toute résistance à ce renoncement d'idées, à cette apologie du chaos, est considérée par la grande majorité du clergé, par les classes les plus influentes de la société, par nos hommes politiques, et la plupart de nos savants et de nos lettrés, comme le dernier et vain effort d'esprits retardataires et chagrins.

Maintenant qu'il me soit permis d'ajouter encore quelques mots sur la grande question: l'Alliance Evangélique a‑t‑elle de l'avenir? Non pas pour essayer témérairement de la résoudre; mais afin de fixer l'attention sur ce point important, le to be or not to be, et de montrer que la réponse, plus ou moins problématique, dépendra en grande partie des voies que l'Alliance croira devoir suivre pour être fidèle à son origine et à son mandat. A Genève, dans ses séances si pleines d'intérêt et de vie, il est naturel que le maintien de l'institution ne pouvoit paroître douteux. Sans le vouloir, sous l'impression bénie de ce concours fraternel, on court risque de se former des espérances exagérées et de faire de trop beaux panégyriques. C'est ainsi que, dans la séance d'adieux101, si je ne me trompe, on a dit que notre siècle seroit, dans l'histoire de l'église, illustré par quatre grandes oeuvres chrétiennes, la Société Biblique, la Société des Missions, la Mission intérieure et . . . L'Alliance Evangélique. C'est ainsi encore que quelqu'un102 a donné à entendre que tout enfant de Dieu qui n'est pas membre de l'Alliance Evangélique imprime à sa vie une fausse direction. D'un autre côté il me semble qu'en Allemagne et ailleurs on s'exprime souvent sur l'Alliance avec un injuste dédain, et qu'on condamne trop facilement l'oeuvre entière, à cause des erreurs et des imprudences qu'on lui reproche peut‑être non sans quelque motif. Mais en abordant la question avec une impartialité complète, on ne sauroit néanmoins disconvenir que l'avenir de l'Alliance ne soit encore très incertain. Il est évident qu'aussi souvent qu'on pourra réunir un nombre considérable de chrétiens distingués par leur foi, leurs talents, leur influence et leur renommée, pour se communiquer, dans l'amour fraternel, leurs vues sur les grands problèmes à l'ordre du jour, beaucoup de personnes qui savent apprécier tout ce qui contribue à l'instruction et à l'édification évangélique répèteront le mot touchant qu'on attribue, relativement à la conférence de Genève, à une femme103 digne de porter un nom vénéré dans toutes les églises, éprouvée au creuset des afflictions les plus douloureuses, et pour qui cette existence terrestre a perdu ses attractions104: `Il vaut la peine de vivre, pour entendre de telles choses.' Il n'en reste pas moins évident que maintenant déjà on n'a pas été sans crainte pour le succès de l'assemblée de 1861. En Allemagne l'appel a trouvé fort peu d'écho. En Angleterre les hommages à la manière de Bunsen, les démonstrations envers les chefs des mouvements désorganisateurs en Italie105, l'attitude de M. de Pressensé dans la Revue religieuse, et d'autres incidents semblables ont failli amener entre les membres même de l'Alliance une rupture éclatante. Et, même en réussissant à prévenir le renouvellement de pareilles luttes, il sera probablement assez difficile à la longue de déterminer beaucoup de personnes à venir assister aux conférences, si elles n'ont pas un but plus évidemment pratique et de nature à leur assurer une influence plus véritable. Beaucoup de circonstances, qui ne se reproduiront pas partout et toujours, ont attiré à Genève un nombre considérable d'auditeurs: sa position centrale entre la France, l'Allemagne et l'Italie; les rapports intimes et multipliés des chrétiens de Genève et d'Anglererre, les souvenirs de Calvin, et peut‑être aussi les magnificences incomparables de la nature, permettant d'allier aux jouissances spirituelles tout ce qu'on sauroit désirer dans un voyage d'agrément.

Pour conserver ou, à vrai dire, pour acquérir une influence durable et répondre aux besoins réels de notre époque, il faudra, ce me semble, d'abord qu'elle ne se borne pas à des démarches en faveur de la liberté religieuse qui, très louables et nécessaires quelquefois et qui ont été couronnées, par exemple dans l'affaire des Madiai, de quelque succès, ne seront probablement à la longue pas accueillis avec beaucoup de faveur et pourroient même en certain cas, rendre le redressement des griefs plus difficile. Ensuite que l'Alliance, distinguant avec soin l'esprit de liberté de l'esprit de révolution, ne se laisse pas entraîner à fraterniser avec des tendances qui sont en définitive hostiles à l'évangile. Enfin que l'Alliance Evangélique reste fidèle aux principes qu'elle proclame; à ce résumé de notre foi, exprimé avec tant de concision et de précision par la branche française (f.i.).106 Qu'elle mette en pratique sa devise de regarder entre chrétiens à ce qui les unit plus, qu'à ce qui les sépare. Qu'elle se rappelle qu'il est, en conséquence de cette union même, un autre devoir également impérieux et plus difficile, de nos jours surtout, à remplir. Que les vérités que l'Alliance Evangélique pose comme fondamentales sont celles, dont pas une, à son avis, ne saurait être supprimée sans que le christianisme en fut blessé au coeur. Que ce qui unit est en même temps ce qui sépare. Que l'union fondée sur ces larges bases ne signifie rien, si elle n'est en même temps le principe de l'intolérance évangélique et de l'exclusisme chrétien. Qu'elle fasse en toute occasion ressortir cette liaison intime entre la doctrine et la vie, si bien développée par M. Bauty107; si la doctrine sans la vie ne sert de rien, il n'y a point de vie sans la doctrine. Que l'Alliance Evangélique puisse toujours dire avec vérité: `Jadis on supprimait le dogme pour se réunir; aujourd'hui nous nous réunissons en le proclamant.'108 Alors, loin de nuire aux églises nationales, elle servira d'exemple à toutes les églises; elle pourra, dans ses conférences, encourager les fidèles à remplir, chacun dans sa position, la grande tâche de notre temps; car à ce point de vue le but de l'Alliance Evangélique est le véritable principe confession[n]el appliqué aux nécessités de notre époque et ses efforts sont parfaitement identiques à ceux que doit tenter, dans son église, pour le maintien de la foi dans la charité, tout véritable chrétien.

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Noten bij no. 81. Voyage à Genève. 1861
1 

ARA, G.v.P., no. 91 (De Vries no. 107 sub 2), eigenhandig ontwerp. Titel ontleend aan De Vries. Cf. Briefw. III, 499, 5. Onder hetzelfde nummer bevindt zich een in het net geschreven versie waarschijnlijk van de hand van mevr. Groen. Enkele daarin aangebrachte verbeteringen zijn stilzwijgend overgenomen. Zie voor Groens betrokkenheid bij de Evang. Alliantie: W. van Oosterwijk Bruyn, Groen van Prinsterer en de Evangelische Alliantie.



2 

Stahls Ansprache; cf. Briefw. III, 496, 2; Nabrings, F. J. Stahl, p. 143; 215.



3 

Stahl had bezwaar tegen de adhesie van de Engelse afdeling der Evang. Alliantie aan de opvattingen van Bunsen (Ansprache, p. 9). Cf. Ter nagedachtenis, p. 38; 54, 1; 62; 71 e.v.; Vrijheid van christelijk‑nationaal onderwijs, p. XXIX, 3.



4 

Buiten de Anglicaanse kerk georganiseerde protestanten; cf. Nederlander no. 1013 (13 oct. 1853); Stahl, Ueber christliche Toleranz, p. 20 e.v.



5 

Zie p. 337 en Conférences de Genève I, 21.



6 

Zie p. 413; cf. Parlementaire studien II, 194; Stahl, Ansprache, p. 13; Conférences de Genève I, 321; Die September‑Versammlung, kol. 500.



7 

Cf. Conférences de Genève I, 354‑389.



8 

Cf. Conférences de Genève I, 81‑111. Zie ook n. 4 van no. 80.



9 

Cf. Conférences de Genève I, 245‑263. Zie ook n. 5 van no. 80.



10 

Cf. Conférences de Genève II, 178‑195. Hij sprak over Importance de l'union de la doctrine et de la vie pour la prospérité de l'Eglise.



11 

Cf. Conférences de Genève II, 357‑359. Zijn toespraak was getiteld: De la fraternité chrétienne et des caractères que doit avoir la polémique entre chrétiens.



12 

Cf. Conférences de Genève II, 364, waar gesproken wordt van `une tendance aristocratique'.



13 

Cf. Conférences de Genève II, 364: `nous le prierons avec émotion pour que Genève reste Genève, la ville de Calvin et de l'Evangile, la ville du refuge et de la liberté, et qu'elle continue cette tradition, à l'ombre du drapeau de la Suisse!'



14 

Waarschijnlijk pasteur Charles Barde uit Genève bedoeld; cf. Conférences de Genève I, 491: `Nous vous sommes donc attachés de coeur, frères des Etats‑Unis! Comment, dès lors, ne souffririons‑nous pas, avec vous, des luttes - sanglantes hélas! - dans lesquelles vous êtes engagés? Dieu veuille les faire cesser dans sa miséricorde; Dieu veuille résoudre, dans sa sagesse, les difficultés qui vous travaillent!' Over `mission' wordt t.a.p. echter niet gesproken. Zie ook I, 531/2; II, 329; 507; Bijeenkomsten van het Evangelisch Verbond [IV], p. 4.



15 

Cf. Conférences de Genève II, 484. De naam van deze `frère russe' wordt er niet genoemd. Misschien is F. von Schwebs bedoeld; cf. II, 256; Bijeenkomsten van het Evangelisch Verbond [IV], p. 12; Die Vierte Versammlung, kol. 711; Verhandlungen der Versammlung, p. 521.



16 

Alexander II.



17 

Reeds in 1836 had Groen hem ontmoet; cf. Groen's reis naar Parijs, p. 24.



18 

F. S. R. L(ouis) Gaussen; cf. Briefw. III, 501.



19 

In 1833 en 1836 bezocht Groen Merle in Genève; waar hij hem in 1838 ontmoette, is me niet gebleken. Uit Briefw. II, 229 (cf. 162) valt op te maken, dat Merle in jan. 1838 de wens koesterde Groen weer te zien; uit Pierson, W. de Clercq II, 277 dat Merle op 21 mei 1838 aanwezig was bij de improvisatie die De Clercq in zijn eigen huis ten beste gaf. Zie ook Brieven van Da Costa I, 233; 235 over 1845.



20 

F. C. Hardy was Merles tweede vrouw, met wie hij sinds 14 aug. 1858 gehuwd was; cf. Briefw. Groen‑Kuyper, p. 239, 1.



21 

Daar geen van de vier kinderen uit het tweede huwelijk bedoeld kan zijn (de oudste, Jean Henri was op 2 sept. 1859 geboren), ligt het voor de hand aan de jongste zoon uit het eerste huwelijk te denken, de in 1845 geboren Emile. De oudste zoon van Merle (Willem Oswald) was immers al in 1836 geboren. Zie voor meer biografische gegevens Winkler, Der Kirchenhistoriker, p. 49.



22 

Psaume 63, 3. In de table des matières van de beide delen van Conférences de Genève is niets te vinden over deze preek.



22a 

F. W. Krummacher.



23 

Niet gevonden.



24 

J. van Eik; cf. Briefw. III, 500.



24a 

J. H. Morrison; cf. Conférences de Genève I, 238; 522; II, 8; 42; 501; Richter, A history of missions in India p. 357; Bakhuizen van den Brink, De Evangelische Alliantie, p. 23; The Encyclopaedia of missions II, 147 s.v.



25 

Zie bibliografie. Cf. Ong. en rev., 2e dr., p. 54; 60(*); Over het ontwerp, p. 178, 1; Ter nagedachtenis, p. 48; Briefw. III, 256, 4. Hij is vermoedelijk ook de `monarchiste, Neuchâtelois' van Briefw.II, 209.



26 

In 1848 had het vorstendom Neuchâtel de band met het Pruisische koningshuis doorgesneden en zich aangesloten bij het Zwitserse eedgenootschap. Op 2 sept. 1856 waagden de Pruisisch‑gezinde royalisten te Neuchâtel een contrarevolutionaire staatsgreep, die op een mislukking uitliep. Pruissen berustte in hun echec. Cf.Brief. IV,166/7; Gerlach, Aufzeichnungen II, 209; Von der Rev. I, 375, 10; 381, 21.



27 

Frederik Willem IV van Pruisen; cf. Ned. Ged., 2e serie, V, 147; 359a.



28 

Willem I.



29 

Groen heeft de Duitse spelling laten staan. Hoffmann was Generalsuperintendent; cf. Briefw. IV, 126,5.



30 

Cf. Conférences de Genève II, 42‑156. In de dertiende zitting, gewijd aan de `Etat religieux des peuples de l'Europe orientale et de l'Asie occidentale' kwam zijn rapport over Hongarije etc. het eerst aan de beurt. Blijkens II, 43, 1 was de uiteindelijk gedrukte (tweede) versie van het rapport aanzienlijk langer dan de in Genève uitgesproken rede.



31 

Vermoedelijk is De Pressensé bedoeld; cf. Briefw. III, 537.



32 

De tekst is alleen te begrijpen, als hier i.p.v. Rougemont Pressensé gelezen wordt; cf. Ter nagedachtenis, p. 38‑41.



33 

Zie bibliografie. Cf. Briefw. IV, 764, 3; Verhandlungen der Versammlung, p. 128; 145.



34 

Cf. Luc. 22, 58.



34a 

Blijkens Conférences de Genève II, 485 waren er twee L. Vallettes aanwezig: één uit Parijs en één uit Genève. Waarschijnlijk is de eerstgenoemde bedoeld.



35 

A. F. Pétavel (père) en W. Pétavel (fils).



35a 

H. N. J. F. Walther; cf. Briefw. V, 485, 14; Léonard, Histoire générale III, 377/8. Zie ook de in de volgende noot genoemde levensbeschrijving van de hand van haar zoon Alfred. Haar notities over de bijeenkomst in Genève (p. 334‑336) bevatten weinig nieuws. Blijkens p. 196 had zij Groen in sept. 1843 in Den Haag leren kennen.



36 

Cf. André, Madame André‑Walther, p. 396; 405; La Croix 5 (1863), p. 5; De Rougemont, La chute, p. 51.



37 

Cf. Briefw. V, 485, 16.



38 

In 1861 had Félix Bovet Voyage en Terre‑Sainte het licht doen zien.



39 

De z.g. Rampe de la Treille, op de grens van de oude stad.



40 

Tholuck was geboren in 1799.



41 

Zie over Fliedners Collektenreise (1831): Aan G. graaf Schimmelpenninck, p, 17, 1; Nederlander no. 1265 (8 aug. 1854); Kluit, Het protestantse Réveil, p. 348.



42 

Zie bibliografie. Cf. Beschouwingen, p. 72, 1.



43 

Bedoeld is Die lutherische Kirche und die Union; cf. Ter nagedachtenis, p. 3.



44 

Zie n. 22a.



45 

Vevey; cf. Le parti, p. 19; Briefw. II, 319.



46 

Vermoedelijk Marie, de schrijfster van het `levensbeeld' van Krummachers echtgenote.



47 

Willem I.



48 

Frederik Willem (later keizer Frederik III) huwde op 25 jan. 1858 Victoria, de oudste dochter van Victoria, koningin van Engeland.



49 

Hs. heeft abusievelijk `Regulativen'. Bedoeld zijn de Pruisische verordeningen van 1854 betreffende het onderwijs. Zie bibliografie sub A. W. F. Stiehl en het art. over Karl Otto von Raumer in de Allg. Deutsche Biographie. Cf. Studien en schetsen, p. XII; Briefw. V, 413; 587; Gerlach, Aufzeichnungen II, 230; Von der Rev. I, 396, 40. Citaten uit de Regulative in Nederlander no. 1458, 1459, 1461, 1462 (24, 26, 28, 29 maart 1855). Zie over Bethmann‑Hollweg Ter nagedachtenis, p. 46; 53; Briefw. III, 536.



50 

Jacques Adrien Naville; cf. Briefw. V, 485, 9.



51 

Zie bibliografie sub Naville, Jules Ernest.



52 

Zie n. 9; cf. Briefw. V, 484, 5.



53 

De Napolitanen bleven in 1860 trouw aan hun koning Frans II. Napels werd toen door Garibaldi veroverd.



54 

De royalistische Vendée rebelleerde van 1793‑1797 tegen het revolutionair bewind. Cf. Ong. en rev., 2e dr., p. 339; 345; Handboek, p. 654; 1813 in het licht der volkshistorie herdacht, p. 30; Maarsen, De strijd, p. 50.



55 

De op 12 jan. 1847 tot stand gekomen Société centrale protestante d'évangélisation, voortgekomen uit de op 2 april 1835 te Bordeaux opgerichte Société chrétienne protestante de France. Zie het art. van Jules Pfender over deze Société in F. Puaux, Les oeuvres, p. 52‑63; Briefw. II, 676, 5; Kluit, Het protestantse Réveil, p. 331; Archives du christianisme 1848, p. 103 e.v.; Verhandlungen der Versammlung, p. 129; Léonard, Histoire générale III, 245.



56 

Cf. Conférences de Genève I, 17‑20.



57 

Bedoeld zijn de Vallées Vaudoises in Piémont; cf. Conférences de Genève I, 534; Bijeenkomsten van het Evangelisch Verbond [II], p. 8: `uit de Valleijen der Waldensen'; Bijdrage tot herziening, p. 118; Nederlander no. 523, 525 (11, 13 maart 1852).



58 

Mazzarella was zowel aan de universiteit van Bologna als aan de theologische hogeschool van de Waldenzen te Florence verbonden. Het woord `Université' wijst op Bologna, het woord `évangélique' lijkt gepaster voor Florence. Cf. Conférences de Genève I, 327; 338; 345; II, 464; Mastrogiovanni, Un riformatore, p. 21; Brown, An Italian campaign, p. 101 e.v.



59 

Cf. Conférences de Genève II, 369: `Le Président [F. W. Krummacher] communique, au nom de la commission, la proposition suivante: La Conférence désire exprimer solennellement la vive sympathie que lui inspirent les populations de la Syrie, si douloureusement éprouvées par les désastres dont elles ont été les victimes l'année dernière.' Deze resolutie over `Les massacres de Syrie' werd aangenomen met algemene stemmen. Cf. Harbottle, Dictionary, p. 145 s.v. Lebanon Massacres.



59a 

Cf. Conférences de Genève II, 175/6.



60 

Cf. Conférences de Genève II, 258/9; Interpellatie, p. 21; Brieven van Da Costa III, 216.



60a 

Hs. abusievelijk: `auxquels'.



61 

Cf. Conférences de Genève I, 474, waar Merle d'Aubigné - zonder namen te noemen - zegt: `Nous avons tous été affligés à la nouvelle de ces 30 ou 40 chrétiens évangéliques arrêtés, incarcérés à Barcelone, à Grenade, à Malaga, à Séville, à Cordoue, ailleurs encore sur le sol de l'Espagne . . . et pourquoi? pour avoir ouvert, lu, accepté la Parole de Dieu.' Cf. Kluit, Het protestantse Réveil, p. 277; Conférences de Genève I, 9; 16 waar (José) Alhama en (Manuel) Matamoros genoemd worden. La Croix 5 (1863), p. 205 noemt ook (Miquel) Trigo. Dit drietal zat gevangen te Granada. Drie andere protestanten zaten in de gevangenis van Malaga; cf. De portretten van Rafael Blanco, p. 6.



62 

Bepalingen uit het `Pietistenrescript' van 10 oct. 1743 en het `Separatistengesetz' van 27 dec. 1803; cf. Lehmann, Pietismus, p. 93; 157. Van vervolging tussen 1848 en 1861 maakt hij geen melding.



63 

Cf. Conférences de Genève II, 414; Verhandlungen der Versammlung, p. 466.



64 

Cf. Conférences de Genève II, 414.



65 

Niet gevonden op welke doge Groen zinspeelt. Cf. Handboek, p. 85.



66 

Geen brief komt dienaangaande voor in Briefw. III.



67 

De Pressensé; cf. Conférences de Genève I, 455‑474.



68 

Cf. Briefw. III, 499, 5.



69 

Op 10 aug. 1861; cf. Briefw. III, 500, 3. Groen hield zijn toespraak op 7 sept.



70 

Zie n. 2.



70a 

De Pressensé: `grande'.



70b 

Groen laat weg: `en ouvrant récemment les conférences pastorales de Berlin'.



70c 

De Pressensé: `conçois'.



71 

Cf. Revue chrétienne 8 (1861), 499; Ter nagedachtenis, p. 38; Briefw. III, 497, 2.



71a 

Cf. Briefw. III, 422‑440.



72 

Cf. Léonard, Histoire générale III, 275.



73 

Cf. Conférences de Genève I, 93; 467; Monod, Conférence de chrétiens, p. 503; Guizot, Discours académiques (2me éd.), p. 272; 282/3. Op klachten van Guizot over gedwongen sluiting van protestantse scholen vestigde Groen reeds in de Nederlander van 4 mei 1855 (no. 1492) de aandacht. In het departement Haute Vienne waren in 1861 protestantse scholen heropend die negen jaar gesloten waren geweest volgens Bersier (Revue chrétienne 8 (1861), p. 627. Cf. Verhandlungen der Versammlung, p. 132; 151.



74 

Niet gevonden aan welke bron Groen dit gegeven ontleende.



75 

Pius IX.


76 

Cf. Guizot, L'église, p. 1/2.



77 

Buchanan, Rerum Scoticarum historia, p. 536 noemt deze spreuk een gezegde van de pausgezinden (`illud Papanorum commune'). Zie ook de index s.v. Fides.



78 

Citaat niet gevonden. Cf. Johnson, Guizot, p. 418/9.



79 

Cf. Gen. 3, 5 (Vulgata); cf. Zwaan, G.v.P., p. 219; 364 n. 27a.



80 

Groen heeft: `été'. In 't net is de fout niet overgenomen, maar ruimte opengelaten. Ook `eu' zou gemist kunnen worden.



81 

Cf. Kluit, Het protestantse Réveil, p. 279.



81a 

Een Zwitserse? De naam komt niet voor in het Historisch‑biogr. Lex. der Schweiz.



82 

Wellicht is lord Cavan bedoeld die in Conférences de Genève II, 531 genoemd wordt als lid van de ter conferentie (1861) benoemde `Commission de la liberté religieuse'. Ook `de graaf van Roden' ging mee naar Florence; cf. Nederlander no. 675 (8 sept. 1852). Groen en Roden (en vele anderen) waren Cavans medeleden.



83 

Waarschijnlijk La sainte bible; ancien testament (Lausanne, 1861). Deze vertaling bevat inderdaad alleen de Pentateuch. In de Préface (`Août, 1861' gedateerd) leest men: `La nouvelle version est une oeuvre collective. C'est le 20 octobre 1847 qu'elle fut fondée par une quinzaine de ``pasteurs et docteurs'', réunis dans ce but' (p. VIII): ` . . . c'est aujourd'hui seulement que la nouvelle version du Pentateuque voit le jour' (p. IX). Noch van Cavan, noch van een andere maecenas wordt echter gerept in de Préface. Groen bezat ook het tweede deel van de Franse vertaling van H. A. Perret‑Gentil (1847). Hiervan verscheen het eerste deel `contenant le Pentateuque et les livres historiques' eveneens in 1861. Het voorwoord van het tweede deel geeft evenmin enige aanwijzing. Het waarschijnlijk meer relevante deel uit 1861 kon niet geraadpleegd worden (niet in C.C.). Zie voor beide bijbelvertalingen Verslag van de aanwinsten der K.B., p. 158; voor Perret‑Gentil Briefw. V, 496; 895.



84 

In 1855; cf. Monod, Conférence de chrétiens, p. 133‑164; Brieven van Da Costa II, 388, 4.



85 

De oprichtingsvergadering vond in 1846 plaats in Londen. Hier is de vijfde jaarlijkse conferentie van de Engelse tak in 1851 bedoeld, waarvan een verslag verscheen o.d.t The religious condition of christendom (zie bibliografie). Da Costa's toespraak o.d.t. Some statements respecting the history and present state of Holland in I, 401‑411. Zie hierover ook Da Costa, Een en twintig dagen te Londen; Nederlander no. 386 (Elouts toespraak aldaar), 495, 896 (30 sept. 1851, 7 febr. 1852, 30 mei 1853).



86 

Groen presideerde de dertiende zitting op 9 sept.; cf. Briefw. III, 500; Conférences de Genève II, 42‑176.



87 

In 1861 liep een deel van de Betuwe onder. Merle gewaagt van `une souscription pour les inondés de Hollande' (Septembre 1861, p. 6). Zie ook de bibliografie sub Landré en Quack.



88 

De Amerikaanse burgeroorlog (1861‑1865).



88a 

Hs.: `publique'.



89 

Gezegde van Melchior de Polignac; cf. Handboek, p. 429.



90 

Hs.: `Chinevière'. Cf. Erweckung, p. 80.



91 

Hs.: `Le Mole'. Bedoeld is Emile Demole. Hij hield op 12 sept. de afscheidstoespraak.



92 

In 1851; cf. Nederlander no. 245, 392, 408, 434, 457, 462, 475 (15 april, 7, 25 oct., 25 nov., 22, 30 dec. 1851, 15 jan. 1852); Adviezen 1856/7 II, 440; 450; Parlementaire studien I, 4, 10; 20, 11; Briefw. III, 80, 6; Biogr. lex. Ned. prot. I, 77.



93 

Vereeniging voor christelijk‑nationaal schoolonderwijs (C.N.S.O).



94 

30 oct.; cf. De Vries, p. 136.



95 

Op p. 250.



96 

Cf. Jean 20, 24‑29.



97 

Cf. Luc. 24, 13‑35.



98 

Groen doelt op de ethisch‑irenische predikanten; cf. Smitskamp, Christelijk en nationaal, p. 13; Langedijk, De geboorte, p. 71.



99 

Art. 1 van de statuten.



100 

Cf. Jean 14, 6.



101 

Noch in het verslag van de Réunion de prières et d'adieux (Conférences de Genève II, 481‑489) noch in enig ander gedeelte van het conferentieverslag is deze uitspraak te vinden. In de buurt komen geestdriftige woorden over de Evangelische Alliantie van G. Monod, J. P. Cook, G. Fisch en W. Urwick; cf. Conférences de Genève I, 18; 414; II, 359 en 363; 461‑464.



102 

Niet gevonden in Conférences de Genève.



103 

Misschien is ook hier madame André‑Walther bedoeld.



104 

Hs. onduidelijk. In 't net: `attraits'.



105 

Zie n. 6.



106 

Groen wilde dit résumé kennelijk citeren. Het is afgedrukt in Conférences de Genève I, 2, 1; cf. II, 527; Monod, Conférence de chrétiens, p. XI.



107 

Zie n. 10.



108 

Groen citeert hier enigszins vrij uit de toespraak van Bauty over Importance de l'union de la doctrine et de la vie pour la prospérité de l'église: `Jadis on ne croyait pouvoir se rapprocher qu'en supprimant le dogme, et aujourd'hui nous nous réunissons en le proclamant' (Conférences de Genève II, 195).


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